Ooooooo jourd’huiiiiii, j’ai rencontrééééé ta lalalala ! Non je rigole, je n’ai pas rencontré l’homme de ma vie même si on m’a tripoté les gonades plus que d’habitude. Aujourd’hui à l’aube, alors que mes congénères se tapaient la discute autour d’un café avant de réellement se mettre au travail, à 9h55 plus précisément, je me suis fait enregistrer au bureau des admissions, secteur orange, bâtiment Charcot, porte 5, rez-de-chaussée de l’hôpital Tenon, Paris XXe.
Et c’est là qu’on s’est aperçu avec d’autres patients que le comble pour un hôpital c’est d’oublier un accès handicapé suffisamment large pour que les malades en chaise roulante puissent retirer le leur de dossier d’admission. Du coup, on a pu assister affligé à un étrange ballet de portes qui s’ouvrent et puis qui se ferment pour que les infos passent bien du malade en fauteuil stationné en double file dans le couloir vers le préposé aux enregistrements des admissions et inversement.
Bref, bref. Voilà que le Monsieur aux lunettes au verre fumé arrivé juste cinq minutes après moi s’est octroyé la mission des « C’est à la dame avec la perfusion qui doit passer » et des « Vous avez rendez-vous à quelle heure ? Et vous ? Vous êtes là depuis combien de temps ? » « Parlez plus fort il est sourd ! » Oui, il a parlé de moi en ces termes ! J’ai fait semblant de ne pas entendre. Et plus personne n’a essayé de gruger une place dans la file d’attente, entre les chaises roulantes, les cannes, les perfusions, les pyjamas en pilou pilou, et les mises en plis toutes avachies.
Le préposé aux dossiers des admissions n’a pas eu l’air d’apprécier que je ne lui répète pas mon nom en hurlant lorsqu’il m’a adressé la parole de derrière des casiers et autres meubles métalliques des années 50 période post-nucléaire. Il est revenu dans son box, a ouvert la bouche pour sûrement me dire quelque chose de très désagréable puis s’est ravisé en observant fort à propos que je lui présentais mon profil gauche avec mon index pointant la pitite prothèse qui dépasse de mon oreille. Connard !
Et de là, avec mon précieux dossier sous le bras, je suis parti à l’accueil de la radiologie, secteur jaune, bâtiment Joliot, porte 4 à 6 (Ha ! Y a un piège) rez-de-chaussée. J’ai attendu que la dame de l’accueil finisse de déblatérer avec un collègue pour faire entendre ma voix. Je dois patienter qu’elle me dit. Ça tombe bien car voyez vous je ne suis pas trop rassuré sur mon sort dans les quelques heures qu’il me reste à vivre qui vont suivre.
En début d’année, je me suis aperçu que l’opération d’une varicocèle gauche effectuée par un boucher charcutier traiteur (urologue place de la Bastille), il y a une dizaine d’années avait un peu foirée au vue d’une veine un peu douloureuse au niveau du testicule gauche qui me faisait des kikous intempestifs. Frisson d’horreur ! Esthétiquement parlant ça passe complètement inaperçu. Par contre c’est assez douloureux quand une érection prolongée se pointe.
Alors c’est quoi que cette opération de varicocèle ? Comme je suis bon et généreux je vais vous épargner la page Wikipedia. La varicocèle correspond à une dilatation veineuse au niveau des bourses le plus souvent lié à un reflux à partir de la veine spermatique. Le traitement (chirurgical ou radiologique) consiste à empêcher le reflux veineux vers les bourses en obstruant la veine spermatique (testiculaire).
C’est tout de suite devenu beaucoup plus clair dans vos esprits maintenant, hein ! Moi qui voulais détenir le blog le plus glam de toute la galaxie, j’en suis pour mes frais. En clair, c’est quand la veine dans la gonade ne fait pas remonter le sang dans le circuit. Du coup elle gonfle cette connasse et ça fait un peu mal mais parfois beaucoup. Et je t’explique pas comment c’est la merde pour gérer ton plan Q.
Et l’opération consiste à ligaturer cette veine (c’est comme faire une rosette en mettant un doigt sur le nœud) (oui, je sais c’est un peu scabreux) en sachant qu’il y a plein d’autres petites veines pour assurer la vascularisation de ta couille, le retour veineux que ça s’appelle. En tous cas, c’est ce qu’il m’a répondu le docteur quand je m’en étais inquiété lors du diagnostic.
Il y a dix ans de cela, le boucher charcutier traiteur (urologue place de la Bastille) avait opté pour l’opération chirurgicale franche. On ouvre la bidoche, on fait un nœud à la veine, on referme, on fait dix centimètres de point de croix sur le bide et roule ma poule. Oooooojourd’huiiiiii, on passe par voie veineuse. La ponction se fait au niveau de l’aine droite.
On rentre par la veine fémorale, on chemine vers les veines du pelvis (Presley) puis la veine cave inférieure, la veine rénale et l’on descend dans la veine qui alimente la varicocèle. On pompe l’excédent de sang, on envoie un liquide pour souder la veine et on fait une ligature. Et voilààààà ! Sous vos applaudissements.
Maintenant fermez les yeux et imaginez le cheminant dans votre tête. Vous y êtes ? Parfait. Et maintenant le premier qui me dit que je suis une chochotte n’a pas bien fermé ses yeux ! Parce que non seulement on va vous ouvrir tout de même un peu le bide, ça touche de très près une gonade mais c’est lié aussi aux reins, à la circulation sanguine, le cœur toussa, mais en plus c’est sous anesthésie locale.
Alors quand je suis arrivé dans le bloc, la première chose que j’ai demandé c’est si je pouvais enlever mes lunettes et ma prothèse audio. Surtout pas qu’elle me dit la dame. Le chirurgien a besoin de vous. Tu m’étonnes ! « Allez maintenant on respire très très fort pour gonfler à bloc ses poumons. » « Bloquez ! » « Et maintenant vous poussez sur votre ventre » « Respireeeeeeez » « Allez maintenant on respire très très fort pour gonfler à bloc ses poumons. »…
Avant même qu’il ne me touche, j’avais déjà commencé à partir dans le vagal. Malaise ! Et hop la dame qu’elle me file un shoot de 500 kg de chais pas quoi dans le bras. Ou 500 litres, je n’ai pas bien entendu ce que lui a dit le chirurgien. En tous cas, mes suées sont stoppées nettes, mon rythme cardiaque s’est stabilisé. Oui je le sais car j’étais branché et j’entendais le « bip » « bip » « bip » régulier et rassurant quelque part avant qu’il ne s’emballe.
N’empêche que sa piqûre a eu son petit effet. Je me suis senti presque joyeux, un peu parti et j’ai même chantonné à mi voix des « la la la la la » qui dans ma tête donnait « Papa don’t preach, I’m in trouble deep. Papa don’t preach, I’ve been losing sleep…. » Et j’ai donc été très agréablement surpris d’entendre un « Et voilà c’est fini ! » Sous vos applaudissements.
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