En ouvrant ce blog, je mettais fait la promesse de ne plus reparler de mon boulot comme je le faisais dans une vie antérieure. Et puis ça me trotte dans la tête depuis jeudi dernier. Je bosse dans une grosse fédération associative d’éducation populaire qui appuie son action sur des valeurs comme l’humanisme, la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, la paix. Vaste programme comme dirait l’autre.
Leur projet, celui qui m’a permis d’affirmer à mon boss lors de mon embauche que je ne postulais pas chez eux par hasard et qu’avec un salaire dix fois plus gros je n’irai même pas exercer chez la famille Le Pen. Aujourd’hui, je crois, j’en suis certain, j’ajouterai ni à l’UMP. A l’époque on subissait encore le RPR! Leur projet m’avait totalement séduit, c’était en 1996.
Et donc jeudi dernier, c’était la présentation des vœux du président qui s’était fait porter pâle et a été représenté par l’un des deux vice présidents que je connais bien. On a eu le droit à un buffet honnête et du champagne correct. On a mangé de la galette, je n’ai pas eu la fève mais je commençais à me chauffer tout seul.
Je regardais tout ces collègues, ces élus et je me disais qu’ils ne manquaient pas d’air ceux là! Avant qu’il ne s’éclipse, j’ai chopé par le coltard le vice président et je lui tiens à peu près ce propos :
- Dis moi Maurice, j’ai deux trois trucs à te dire à propos de la boîte. Comment ce fait-il que je n’ai jamais lu dans une publication nationale, ne serait ce qu’une évocation, un article traitant de la sensibilisation à l’homophobie. Notre public visé étant principalement les jeunes, je suis consterné que l’on n’aborde pas dans le cadre de notre programme éducatif ce point.
Les jeunes étant il me semble le public à privilégier dans cette démarche citoyenne. Ce n’est pas par hasard non plus que SOS Homophobie a obtenu l’agrément de l’Éducation nationale pour faire passer leur message dans les écoles. Et puis nous que dalle. On n’en parle pas. Comment tu peux m’expliquer ça ?
Alors il m’a d’abord assuré que j’avais raison. Que oui, on a bien abordé les problèmes posés par le racisme, l’handicap mais pas de l’homophobie.
- Et le dessin animé “Le baiser de la lune” qui a fait grand bruit, il y a un an, même Claire Chazal en a parlé au JT. Nous on n’a même pas réagi, donné une indication, une direction, une analyse. Toujours que dalle!
- Oui, oui tu as raison, c’est vrai, on n’a rien dit là dessus.
- Et les suicides, les vidéos sur YouTube qui font le tour de la planète, on continue de se taire ? Mais pourquoi? Parce que s’il faut former des futurs citoyens aux valeurs que l’on porte fièrement sur notre étendard, il faudra bien un jour finir par en passer par là aussi, non ? Alors pourquoi ?
Et là, la claque!
- Parce qu’on n’est pas tous du même avis sur cette question. Tu comprends chacun a sa sensibilité et patati et patata.
Je n’écoutais plus.
Pour moi la question ne devait pas se poser. Quand on prêche ces valeurs, on les porte en soit. On ne se pose pas de question. On est soit même ces valeurs. Tous les jours. Le matin en se rasant, au boulot, dans le métro et a fortiori au sein d’une organisation comme ma boîte.
Putain, ces mecs qui militent, qui d’années après années grimpent des échelons hiérarchiques, ne sont même pas d’accord sur l’homosexualité! Ça me dépasse! Ça dépasse l’entendement! Je veux bien comprendre que mon voisin de palier ait des réticences, des a priori mais pas ces militants qui prônent l’humanisme à tout bout de champ auprès des jeunes!
Indéniablement, un truc s’est cassé. Je n’avais déjà plus grande considération pour leur travail mais là, c’est terminé. Plus aucune illusion sur ce milieu associatif qui ne s’agite que pour obtenir des financements pour monter des projets qui justifient leurs postes. Inclure l’homophobie dans leur programme consensuel c’est mettre en péril leurs petites magouilles.
C’est bien triste.
Snif!
Publié dans gay, LGBT quoi?, Ma vie, Politique
Tags: Droits LGBT, Eric-James Borges, Gay, Gay Pride, Homophobie, Travail
Commentaires Récents