Comment apprécier un concert classique en étant sourd ?

•13/05/2016 • 5 commentaires

Double concerto Opéra de Rouen

Depuis ma grande migration vers la province en la ville de Rouen, je n’ai plus de métro, ni de boulot et ni de dodo. Alors pour briser cette monotonie, je profite d’une formule d’abonnement découverte à l’Opéra de Rouen (avant on disait « Théâtre des Arts »). Pour 60 euros, j’ai une place pour un opéra, une autre pour un concert (classique) et encore une autre pour un spectacle de danse. Pas le même jour, hein !

Pour l’instant, je ne me plains pas trop sauf que je ne supporte pas les places du premier balcon, j’étouffe; je grimpe au second pour respirer et il est hors de question que je m’installe dans la fosse avec les tuberculeux. Je tiens à rassurer ceux qui entendent bien que moi aussi le sourd, j’entends les petits vieux tousser, se racler la gorge et péter.

Ce soir, c’était un double concerto, Brahms et Dvorak au programme avec un chef d’orchestre itinérant (Antony Hermus) que je ne connaissais pas contrairement à celui qui crèche à l’Opéra de Rouen. Je l’ai trouvé tout de suite sympathique et à la fin je suis tombé sous le charme de ce « jeunot » souriant.

Bref j’en ai profité pour tester le programme « musique » nouvellement paramétré sur ma prothèse audio. On appuie sur un bitoniau pour basculer du programme normal à celui adapté pour la musique. Ça marche super bien et j’étais hyper content de moi.

Alors comment un sourd peut il apprécier un programme musical ? Comme je ne suis pas né sourd, je sais que j’entends encore suffisamment pour apprécier une mélodie. Certes il me manque des fréquences et en dessous d’un certain volume je n’entends pas. Comme quand ce facétieux chef d’orchestre a demandé aux violons de gratter juste une seule corde avec un doigt, je n’ai strictement rien entendu. Mais je les voyais faire !

Et c’est là que je me rattrape ! La vision et l’observation. Comme je suis logé au second balcon contre la balustrade et en plein milieu, j’ai une vue plongeante sur toute la scène et aucun musicien ne m’échappe. Et pendant qu’ils font du bruit en cadence, je les observe un par un ou parfois juste le groupe dans son ensemble.

D’ailleurs on n’a que ça à faire de reluquer les musiciens sur scène. Je pense que les bien-entendants doivent aussi observer l’orchestre quand ils s’emmerdent un peu. J’ai même reconnu des musiciens vus précédemment. Le violoniste coiffé façon Wagner avec bedaine, le petit mignon brun, la toute maigre en pantalon alors que ses collègues féminines sont en jupe, le queutard jambes écartées à 135°, la gueule d’amour à calvitie naissante.

Remarque d’importance : Comme je suis placé en hauteur je vois toutes, je dis bien toutes, les calvities naissantes. Alors c’est pas la peine de se faire une mèche ramenée derrière l’oreille !

Il s’en passe des trucs sur scène c’est fantastique ! La prochaine fois que vous irez, faites moi la promesse de bien observer ce qu’il s’y trame. Par exemple aujourd’hui, j’ai chopé un violoniste qui faisait semblant de jouer. Celui du premier rang à droite de la scène. Il ne bougeait pratiquement pas alors que tous les autres s’agitaient dans tous les sens !

C’est chez les violonistes qu’il se passe le plus de trucs, c’est aussi un peu normal car ils sont les plus nombreux. Par exemple juste avant que ça commence, il se passe la bataille féroce et feutrée du : « C’est pour moi le pupitre de la partition. » Tout en discutant, l’un rapproche vers lui la partition d’un centimètre et puis l’autre tout en discutant le rapproche vers lui du même centimètre et ce jusqu’à ce que le chef d’orchestre fasse son entrée. Celui qui perd n’a pas le temps de se plaindre que déjà le morceau est lancé.

Ce soir il y en a un qui m’a stressé mais grave. J’avais super peur qu’il fasse foirer le concert. C’est le gars préposé aux percussions ! Il a genre quatre énormes tambours pour lui tout seul et il est tout au fond en hauteur, on ne peut pas le rater. Bah figurez-vous que plusieurs fois, il s’est caché derrière un tambour. Je pensais qu’il se mouchait discrètement car il avait un petit chiffon blanc à la main qu’il a rangé par la suite dans la poche de son pantalon.

Mais en fait non. Il vérifiait, oreille posée sur la peau du tambour, le son que ça faisait en tapotant avec ses doigts alors que tous les autres musiciens jouaient ! Et moi qui me fait un film d’horreur, han et si son tambour il est tout cassé comment il va faire quand le chef d’orchestre lui fera signe de taper dessus ?! Bah il a fait comme si de rien n’était. Il a tapé dessus !

Un moment j’ai failli éclater de rires ! La honte, je te raconte pas. À la fin d’un morceau, il y en a un(e) qui a commencé à applaudir ! FALLAIT PAS ! Le chef d’orchestre, d’un geste brusque a bien fait comprendre son mécontentement et ce sans se retourner ! La honte monumentale. Moi, je n’applaudis que lorsque tout le monde le fait. Prise de risque minimale :-) Merci à Sylvie Vartan Wagner et moi pour l’astuce !

Il y a aussi un joueur de cor qui m’a fait peur à un moment. À priori les joueurs de cor doivent bien saliver dans leurs instruments car celui là a retourné son cor d’un geste brusque rotatif pour faire tomber je ne sais quoi par terre puis il s’est essuyé les doigts sur sa veste. Moi j’étais en panique totale et je priais de toute mon âme pour que le chef d’orchestre ne le chope pas en train de faire le con.

Mais franchement là où on apprécie vraiment même si on n’entend pas forcément bien, c’est quand tous les violons jouent en même temps avec le même geste de l’archer. Que le geste soit ample, brusque ou rétréci et incisif c’est un régal pour les yeux. Les vagues d’archers prennent d’assaut l’orchestre par bâbord (côté jardin) qui tient bon, le bougre, grâce aux quatre cors remplis d’écume à ras bord (côté cour).

Et ce soir, j’ai été ravi (oui, oui, comme celui de la crèche) car tous les instruments ont joué plusieurs fois en même temps ! Le bordel que ça fait je ne vous raconte pas ! C’était pour la partie Dvorak, Brahms en première partie c’était assez chiant finalement, bien entendant ou pas :-p

Antony Hermus Conductor Photo: Marco Borggreve

 

 

 

 

Marcel Dugomier a quitté sa BDGN*

•22/03/2015 • 19 commentaires

MarcelDMarcel Dugomier a enfin quitté sa BDGN*.

Ce vendredi 20 mars 2015, jour d’éclipse pour tous, j’ai quitté définitivement ma Boîte De Gros Nazes. Pas de tristesse particulière, pas d’allégresse excessive mais la certitude d’avoir sauvé ma peau. Dix neuf ans que j’y bossais. En septembre 1996, j’y faisais mes premiers pas comme salarié. Je la connaissais d’une précédente vie comme étant l’une de mes clients. Un an après, je consultais un thérapeute qui a essayé de me convaincre d’une vérité pourtant éclatante, que sur mon contrat de travail, il n’était pas stipulé que je recevrai de la reconnaissance. C’est uniquement mon travail contre un salaire et pis c’est tout.

Alors année après année, on a travaillé sur mes problématiques. Parce que si je n’étais pas satisfait de mes conditions de travail, c’était que le problème venait de moi. Et c’était parti pour des années de haut et de bas, en attendant toujours les prochaines vacances pour souffler et pour repartir « du bon pied ». Alors oui, bien sûr, évidemment qu’il y avait des trucs à réglé chez moi. On a travaillé dessus, j’ai fait de mes loisirs des stages permanents de développement personnel, du cri primal, au rebirth en passant par des sweat-lodge et autres ateliers baroques.

Et ce fut bien. Cela m’a construit, consolidé après m’avoir détruit, après avoir démonté des tas de trucs et de machins. Et puis finalement, tout doucement, j’ai plongé dans la grosse dépression. Un état d’être bizarre où on perd le contact avec la réalité. La médicamentation a bien entretenu mon état léthargique. C’était en 2014, je me suis fait aider par un second thérapeute et je reprenais pied. Le 7 janvier, c’est le massacre de Charlie Hebdo. Je suis en état de choc, je cherche dans les couloirs de ma BDGN* des gens avec qui parler, échanger, je n’y trouve que silence et rejet. Le soir, je suis à République dans le recueillement silencieux d’une foule compacte et unie.

Le lendemain, de retour au bureau, je craque et c’est en pleurs que j’échoue chez ma thérapeute. La décision est prise là! Il faut partir !

Alors si comme moi ,vous avez la vague impression que vous êtes en arrêt maladie souvent occasionnellement mais que vous ne savez pas trop combien, demandez à votre médecin la liste des consultations en rapport avec votre travail. Le mien informatisé depuis 2007, m’a donné toutes les données, dates, symptômes et diagnostics. Si les mots; syndrome dépressif, angoisse, crise-trouble-attaque de panique, hypersomnie, dépression, stress reviennent avec insistance, pensez à sauver votre peau au plus vite!

 

*Boîte De Gros Nazes

La bombasse ligne 1

•15/08/2014 • 17 commentaires

outch

Je monte dans la rame de la ligne 1. Mon détecteur de bombasse se met en branle, il y a juste assis sur le strapontin des portes côté quai, un mec musculeux qui lit son journal. Apparemment, oui, il sait lire. J’avise très rapidement où je dois m’asseoir pour ne pas le perdre de vue sans trop me compromette car ma vision périphérique n’a relevé que les généralités. Il faut donc pouvoir approfondir mon prochain sujet d’examen.

J’élimine les sièges transversaux car trop à découvert et j’opte dans les dernières nano secondes de mon déplacement, le strapontin parallèle au sien mais situé de l’autre côté du couloir central. Je reprends mon souffle qui a été coupé quelques instants, fin prêt pour parachever mon étude anthropologique. Je tourne donc franchement la tête vers la droite et je me prends direct un uppercut. Outch!

Il est colossal, il a un marcel très échancré sur le devant où mon regard plonge pour choper les tétons. En vain, la moquette bouclée du poitrail est épaisse. Sa peau est bronzée mais pas trop cuite, il a des bras très gros et des cuissots pantagruéliques bien mis en valeur par son bermuda en jean. Des chaussettes de tennis blanches pour accompagner les pieds chaussés dans de grosses baskets fluo.

Je n’ai pas trouvé l’entrejambe dissimulée par le journal, et oui, il lit toujours complètement absorbé par son article. Il doit avoir la quarantaine, le cheveu court et gris avec une barbe de trois jours pour moi, huit heures pour lui. Mais il ne relève jamais la tête ce qui fait que je ne peux pas croiser son regard!

Je jette alors le mien, circulaire et bovin, ailleurs lorsque je découvre une black complètement hypnotisée par ma bombasse à moi que j’ai vu le premier d’abord! Elle ne dissimule aucunement son intérêt pour le gros morceau de viande qui lit son journal. Je souris franchement car définitivement le gars est le prototype même de la barre de testostérone sexuellement compatible avec tout le monde.

Je soupire, me laisse tenter par un 2048 4096 quelques minutes puis je relève la tête. Mister muscle est toujours là, la black est partie et une femme blanche d’une bonne cinquantaine d’années fait son entrée, s’installe sur son siège, pose son sac, lisse le pli de sa jupe et là! Là, elle voit la bombasse. Elle a alors incliné légèrement sa tête vers l’avant pour regarder par dessus ses lunettes.

Elle a pris son temps la mémère avec ses gros yeux ronds pour déshabiller complètement le bonhomme. Moi au moins, j’essaye d’être le plus discret possible pour ne pas froisser un hétéro susceptible. Elle, comme la black de tout à l’heure n’ont pas eu cette délicatesse. Une fois son œil rafraichi, elle reprit son port de tête habituel et moi je n’y fis plus attention.

Maintenant, arrêtons nous deux minutes sur ce que je viens d’écrire, voulez vous?

Je ne pense vraiment pas être sexiste et je lutte aux côtés des femmes qui se font agresser par les regards au mieux et par les insultes et les coups au pire. Comment ne pas passer pour un gros sexiste, un gros pervers lorsque moi aussi je déshabille du regard une bombasse ? J’avoue que souvent, je sélectionne la rame du métro dans laquelle je dois grimper en fonction des spécimens mâles qui attendent avec moi sur le quai ou de ceux que j’ai aperçus dans la voiture qui arrive.

Comment rédiger un tweet non sexiste en 140 caractères comme tel : « Wow superbe bombasse à bord on est trois à la mater comme des malades dans le métro!  » ?

Je pourrais limiter l’effet désastreux de ce tweet par un hashtag bien senti comme #HairyGymQueen

Mais bon, j’aurais du mal à justifier mon comportement comme non sexiste sans avoir au préalable planter le décor ou préciser le contexte. D’ailleurs, j’aurais pû m’enfoncer d’avantage en soulignant qu’une femme était « noire » et une autre « vieille ». J’ai dû ajouter l’adjectif « blanche » pour décrire la femme « vieille » ! Ça devient compliquer de ne froisser personne, faire du politiquement correct sans utiliser de guillemets!

Mais je m’égare. La différence entre les comportements odieux de certains mâles sur la gente féminine et ceux que j’ai décrits, c’est que les deux femmes et moi ne souhaitions manifestement pas aller plus loin dans notre « relation » avec la bombasse alors que ceux qui sont à honnir sous entendent presque obligatoirement de passer à l’action dans la minute. Bon en même temps, rien ne suppose qu’aucun des trois n’aurait pas accepté de faire un câlin avec le beau mâle!

Certains me diront que je suis moi aussi un gros dégueulasse qui utilisent plein de stéréotypes comme, « bombasse », « morceau de viande », « il sait lire ». Sans doute, sans doute mais pas que! Dans le petit milieu gay qui est le mien, se faire qualifier de « gymqueen » n’est pas injurieux surtout si on en est « une ». D’ailleurs ce serait plutôt un compliment. Et le terme « bombasse » y est nettement moins connoté comme il l’est dans le milieu hétéro mâle dominant ou souvent il rime avec bonnasse voire connasse.

That’s just my two cents’ worth.

 

Whoopi Goldberg

Marche des fiertés 2014 à Paris, j’y étais.

•29/06/2014 • 2 commentaires

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La pluie s’est invitée à la Marche et ça a du en décourager beaucoup. Les pseudo « LGBT militants » bien calés derrière leurs écrans sont restés bien à l’abri ou mieux encore sont partis au soleil au lieu de défiler. Seuls Matoo et ses invités ont un mot d’excuse valable pour cause de mariage.

Toutes mes félicitations aux garçons encore une fois

Tous les autres qui ont bravé la pluie, les pieds trempés avec l’eau qui dégouline dans le dos ont donné une réponse à ces connards de fachos-cathos-réacs (et je ne mélange pas tous les cathos, hein, ceux sur lesquels je chie se seront reconnus d’eux même) méritent notre reconnaissance.

La veille de cette marche, on apprenait qu’un jeune homme, Peter, s’était jeté d’un pont. On venait de retrouver son corps sans vie. Ses parents, suivant les bons conseils de Christine Boutin, Frigide Barjot et Béatrice Bourges, ont ânonné des prières en latin et on fait appel à un prêtre exorciste pour que leur fils, ne soit plus homosexuel !

S’il devait n’y avoir qu’une seule raison pour défiler en plus de celle de rappeler à François Hollande ses promesses de campagne, c’était bien celle ci. Les cathos, réacs, LGBTPhobes ont vous emmerde, on a des droits.

Nos vies, nos corps, nos familles : plus de droits pour tou-te-s !

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Marche des fiertés Paris 2014

•27/06/2014 • 2 commentaires

Marche des fiertés Paris 2014

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