Le 8 mai 2o1o (1/2)

Un samedi 8 mai pas banal. Je dois retourner au taf. Je ne suis pas très chaud pour y aller mais bon, je me réveille sans trop de difficultés et à 10h00 je suis opérationnel. Habituellement le samedi c’est tranquille pour être productif, pas de téléphone, personne pour venir raconter ses problèmes.

Mais c’est là que ça devient pénible, sournoisement, lentement, l’angoisse monte petit à petit quand je prends réellement conscience de l’ampleur de la tâche qui m’attend. Alors je m’organise. Je prépare un plan d’action, une feuille de route, je prépare mes tableaux Excel, mon ordre de bataille est fin prêt.

Je m’attèle aux tâches basiques, au repérage, à la routine. Je fais comme si je ne savais pas que la grosse galère allait arriver. Je joue la montre en quelque sorte. Mais je suis venu exprès pour ça aujourd’hui. Personne d’autre ne peut s’atteler à ce chantier. (Ha l’orgueil!!) Je pars déjeuner, je me tranquillise, la terrasse est juste bien, les plats sont fins. Même la serveuse je la trouve aimable, pour une fois! J’y retourne et ça commence à ne plus le faire.

Une douleur sourde puis brutale s’installe entre mes omoplates. Puis très rapidement c’est le sternum qui me lance des plaintes aïgues. Je ne peux plus respirer à fond sans que mes côtes hurlent leurs désapprobations. Je tente des étirements, la respiration abdominale, en vain. J’entreprends des étirements shiatsu du méridien des poumons, je sens une légère ouverture. Mais la douleur irradie jusque dans la nuque. Puis mes épaules me tirent, me font mal. Je souffre. C’est la première fois que cela m’arrive.

Je monte à l’étage de la salle de repos. Je m’allonge sur le canapé, sur le dos. Ça va un peu mieux sauf que je commence à m’hyperventiler, je m’en rends compte et je stoppe tout. Je suis seul dans l’immeuble pas le moment de jouer aux héros.

J’essaye de dormir. J’ai trop mal. Je me mets sur le ventre, j’étouffe. tout mon buste est bloqué. Les jambes commencent à me lâcher. Je me concentre sur ma respiration, tout doucement, je me calme.

Je termine les menues tâches et abdique devant le grand chantier. Dans la rue mon sac pèse trois tonnes, il me déchire les membres, les épaules, la poitrine, je ne sais plus comment le porter pour ne plus souffrir.

Dans le métro je tombe de sommeil, je ferme les yeux, les ouvre à chaque station. Ma vigilance est intacte, je dois changer à République. Les portes s’ouvrent, je vois les sièges jaunes sur le quai et je n’ai qu’une envie s’est de m’y asseoir en sortant du wagon. Je m’élance.

J’entends une voix d’un mec qui me parle, j’ouvre les yeux. Je suis allongé par terre. Le jeune gars presse ma tête, derrière en la soulevant un peu. Devant mes yeux un peu embrouillé un balai de kleenex passe de main en main. Le gars continue de parler, je comprends qu’il veut me rassurer mais je n’ai pas peur. Je vois trois femmes, dont une avec l’uniforme de la RATP, je la reconnais c’est une asiatique avec des lunettes, je lui dis « je vous connais vous ». Elle m’explique un truc mais je suis ailleurs. D’un coup je me rends compte que je n’entends pas ce que les gens me disent. Je réalise alors que je n’ai pas ma prothèse audio dans mon oreille, je la réclame. Un pompier rentre dans mon champ de vision « On ne l’a pas trouvé ». Ha oui c’est vrai, elle est en réparation. Mais je ne vois rien non plus ! « Mes lunettes? » Une jeune femme les tenait précieusement dans ses mains jointes, elle me les tends. Une autre m’offre une bouteille d’eau, je bois. Il y a plein de gens debout autour de moi silencieux et grave. C’est étrange. On me demande mon nom. C’est Ok je récupère un peu malgré le brouillard. On me demande si j’ai une pièce d’identité. Je réclame mon sac. Je réfléchis une minute qui me parait une éternité, où est ma carte d’identité. Je la trouve, la remet à un pompier il me semble.

Je commence à récupérer, les klenex continuent de passer de main en main, je sors celui de la poche de mon blouson en disant un peu farceur que je peux contribuer aussi! Chasser le naturel, il revient au galop. D’ailleurs je viens de remarquer la charmante plastique des trois pompiers.

On me relève et avec l’aide d’un pompier je monte les marches de la grande sortie de République. J’ai l’impression de laisser derrière moi et avec beaucoup de regrets toutes ces personnes anonymes qui ont pris soin de moi sans avoir eu l’occasion de les remercier pour leur gentillesse. J’ai dû être l’incident voyageur du jour sur la ligne 9.

Dans le camion je suis assis avec un pompier. J’essaye de me souvenir du déroulé de la journée, il est 18h00 et je n’arrive pas à me souvenir de ce que j’ai fait aujourd’hui. Je panique un peu, les larmes me montent aux yeux. Alors je me concentre et je récapitule à voix haute les évènements au fur et à mesure qu’ils me reviennent. Je le dis bien fort pour que le pompier comprenne bien que je ne suis pas fou. Qu’il ne m’abandonne pas. Surtout pas. Il m’écoute. Ça va mieux.

Il me dit qu’on va à Lariboisière. Je note à tout hasard l’info.

On me met dans un brancard, un infirmier me prends en charge, les trois pompiers prennent congés, on se dit au revoir comme des bons copains. Je suis sorti du brouillard. J’ai récupéré mon réflexe iPhone, il fonctionne, je suis relié au monde.

Allongé sur le brancard

La suite ici

~ par PascalR sur 09/05/2010.

17 Réponses to “Le 8 mai 2o1o (1/2)”

  1. Tu n’as qu’un numéro à faire quand ça ne va pas, le mien… Et je rapplique! Je vais t’engueuler si tu continue à m’inquiéter comme ça toi hein!
    Bon, à part ça je vois qu’on ne perd pas le réflexe de montrer ses gambettes sur son blog hein… Je ne dirai rien, mais je n’en pense pas moins!

  2. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah mais je réalise que je suis l’auteur du premier commentaire sur ton nouveau blog!
    ça se fête… Vive la prochaine coupette ;)

  3. J’ai pas compris le terme « bombasse » dans tes tags… L’infirmier était-il si charmant?

  4. je suis le premier ?
    c’est bien la première fois, j’espère que je vais porter chance à ton blog…
    dis, ta photo iPhone en direct live des urgences, on dirait un Polaroïd… c’est exprès ?
    tout me plaît bien ici, je reviendrai, déjà pour le (2/2)
    mais ça sera peut-être l’air de rien, alors je promets rien
    tu sais qu’est-ce que je te dis ? merdRe !!!
    (attention : marche pas dedans, tu risques de glisser, et là on serait bon pour Rappeler les pinpons)

    • ben non !
      il y a ce grand couillon de Ditom qu’a même laissé 3 com’ pour pas que je sois sur le podium…
      euh… je t’ai « ligaturé » chez moi : en promo !

  5. @Ditom : Ouiiii j’ai de belles gambettes, et tu es le premier !! Champagne dès que ça va mieux. Promis. Bombasse pour les 3 pompiers, j’en bave encore :-)
    @janjacq : cher Monsieur je suis désolé de vous annoncer que vous n’êtes pas le premier. Mais l’enthousiasme me touche. J’utilise l’appli Polarize sur l’iPhone donc on peut dire que c’est fait exprès; Merci.

  6. Tombé au champs d’honneur pour le 8 mai 1945 (!!!) et à République (re !!!). Franchement, l’air de rien, vous l’avez fait exprès, non ?
    Bises
    PS: j’ai hâte de savoir la suite parce que je me dis que si tu as eu le réflexe de photographier tes jambes sur un brancard, tu auras très certainement moult photos de tes bombasses de pompier pour illustrer le billet 2/2

  7. Et non cher Monsieur Snooze, il n’y aura pas de photos de bombasses dans ce billet. Plus tard peut-être…

  8. Eh bien… quelle aventure ! Si tu peux écrire tout cela c’est que ça mieux et je me réjouis de lire la suite. Je m’abonne de suite à ton blog pour être certaine de ne rien louper…

  9. Merci Bibi. Ca va bien, doucement. Pas trop remuer la tête dans tous les sens non plus, hein!

  10. Et bien des émotions… Ca doit vraiment être stressant en plus de la douleur physique.
    Heureusement tout va mieux maintenant! Ouf, nous sommes tous rassuré!
    Bon repos Pascal.

  11. On se connait de ton ancien blog non ?

  12. […] que des sauts de puce dehors histoire de me dégourdir les jambes et de m’aérer la tête (private joke). Tout à l’heure à l’aube vers 14:59 un coup de fil me tirait des bras de […]

  13. oui bien sûr, c’est eux qui m’ont demandé d’acheter le concombre au Monop’ d’ailleurs. c’est le 69 69 69 69 voilàaaaa. de rien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :