Souvenirs souvenirs

On ne devrait jamais partir en vacances et voter Sarkozy.

Quand je pense qu’il n’y a pas si longtemps que ça, ma seule préoccupation quotidienne était de savoir à côté de qui j’allais poser ma serviette de plage. Je dis bien à côté de qui. Car forcément on finit par se (re)connaître. Tous ceux qui se placent pile poil en face du drapeau vert, des douches, du poste de police et accessoirement des toilettes finissent par se faire des petits signes de tête ou de la main pour dire bonjour ou au revoir. La proximité des wawa étant rudement pratique car je n’ai jamais réussi à faire pipi dans l’eau. Même loin du rivage, en nageant le slip de bain autour du cou, jamais pu. Tu te rends compte Simone? En nageant! Inutile de préciser que debout les jambes écartées le dos au public, le zizi par dessus le maillot ça n’a pas marché non plus.

Et donc l’intérêt porté à ses voisins de serviette était bien évidemment conditionné par le genre, la plastique et le statut marital de la bombasse. Ceci s’appelle mine de rien de la discrimination, du délit de faciès (de sale gueule) et de l’hétérophobie primaire. C’est mal! Bon en même temps s’il n’avait pas construit cet hôtel 5 étoiles au bout de la plage de San Sebatiàn, cette dernière serait restée « sauvage » et exclusivement gay et naturiste. Alors hein! Ça va bien les critiques!

De fait je n’ai jamais quitté mon maillot rapport aux familles avec enfants (poussettes, glacières, parasols, matelas gonflables, etc.) Ce qui n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. Ce n’est pas obscène, c’est juste suffisamment moche pour qu’instinctivement tu détournes le regard pour ne pas vomir. Quand je serai très vieux et très gras et bronzé pin d’épice (Dieu me tripote pour que cela n’arrive jamais)  je porterai une burqa pour aller à la plage.
Ainsi donc mes potes de plage ont été, Yolanda, les deux gras du bide, Monsieur Jean Claude, François Sagat version 1.1, 1.2, 1.3 et 2.0, et enfin Miss tatouage, pour les plus atypiques d’entre eux.

Yolanda a été la seule dame de la plage à garder son haut de maillot de bain. Toujours le même, pendant un mois, rouge avec une doublure blanche à petites fleurs. Elle gardait aussi le slip car elle avait encore un bien beau service trois pièces, à l’intérieur. Mais moi, je l’aimais bien quand même car elle faisait beaucoup d’efforts pour être féminine (rouge à lèvre, vernis à ongle, plein de bracelets et une longue crinière à la couleur indéfinie qu’elle coiffait inlassablement) Mais quand elle jouait dans l’eau avec ses épaules de déménageur elle faisait couler tous ses copains en leur grimpant dessus et elle se marrait de son grand rire de mec viril.

Les deux gras du bide chics m’ont été très utiles car je pouvais leurs confier en toute sécurité mon sac quand j’allais me baigner (à cause des voleurs). Ils étaient en couple et étaient très mignons. Ils exhibaient le même bronzage entretenu amoureusement par des : « tu me mets de la crème dans le dos mon chéri ». Ils portaient des maillots de bain assortis très très chers, l’un juste porté en dessous de la naissance de la raie des fesses et l’autre très échancré sur le haut des cuisses.  Ils les ôtaient uniquement pour aller se baigner. Faudrait pas les abimer dans l’eau salée! Et puis un jour, le drame. L’un des deux (le plus yin) s’est pointé avec une totale décoloration blondasse. Une véritable horreur! (et une phrase sans verbe, une!) Ils sont partis avant moi, j’ai été très attristé.

Haaa! Monsieur Jean Claude! C’est un roman à lui tout seul. Une cinquantaine d’années, les cheveux longs et noirs, bronzé et complètement glabre, je l’adorais. Il n’arrêtait pas de parler, de bouger la tête (et ses cheveux par la même occasion) de rire, de fumer et de boire (même du champagne cette connasse!). Le sourire scotché « on the face all the time » était lumineux. C’est bien simple quand il arrivait dans notre secteur, rarement seul, toujours avec des jeunes (cons) ou des « vieux » de son âge avec parasol et glacière, tout le monde le regardait passer avec jubilation. Sa bonne humeur était communicative. Son chapeau avec ses pin’s et ses plumes, son petit haut imprimé jaune et son short orange et noir faisaient, il faut bien l’avouer, l’unanimité la plus festive. Monsieur Jean Claude avait même la coquetterie d’accrocher un rainbow flag entre ses deux parasols au cas où il y aurait eu un doute.

Et puis il y avait cette horde « sauvage » de bombasses tendance François Sagat (le tatouage du crâne en moins) qui déboulait en bande ou bien en solo (non ce n’est pas une marque de mobylette). Un véritable festival de muscles, pour certains avec du poil soyeux et parfois même dotés d’attributs éléphantesques pour d’autres qui s’offraient gratis à la vue de tout le monde. Car ces messieurs, non contents de se pavaner dans des pauses lascives sur le sable, n’hésitaient jamais à rester debout de longs moments pour être certains d’être bien vus par tous. Les jours d’affluence, il n’était pas rare qu’au réveil d’une petite sieste réparatrice, de se retrouver « nez à bite » avec un parfait inconnu en relevant la tête.

Miss tatouage n’est pas forcément lesbienne qu’on se le dise. Mais il y en avait beaucoup… de tatouées. Je me suis surpris à maudire le soit disant artiste qui avait dessiné une espèce de monstre à tête de lézard et corps de serpent à pattes crochues sur tout le dos d’une ravissante jeune femme toute frêle. C’était donc Miss tatouage. Elle avait bien gagné son titre et moi curieusement j’étais bien triste. après ça on ne pourra plus me reprocher ma soit disante misogynie.

Bon bah voilà, c’était mes souvenirs encore bien présents dans ma tête. Je fais des bisous à Yolanda, Monsieur Jean Claude, les clones de François et à Miss Tatouage. Demain matin, je vais dire bonjour à la standardiste qui va me sauter dessus avec sa mauvaise haleine en criant mon nom, à la secrétaire gourde comme ses pieds et au chef comptable pas aimable du tout, du tout, du tout, qu’on appelle Sœur Sourire. Pfffttttt!

~ par PascalR sur 10/08/2010.

27 Réponses to “Souvenirs souvenirs”

  1. le soi-disant Jean Claude, c’est sans trait d’union ? ;-)

  2. les grains de sable, ça gratte, non ?

  3. @janjacq : oui sans trait d’union :o) en vrai il devait s’appeler José Maria
    @antenor : m’en parle pas! ça se faufile partout ces petits grains, c’est bien simple pour m’en débarrasser je prenais 25 douches par jour et 8 lessives en 4 semaines :o)

  4. Mais je ne comprends pas. François Sagat, sans son tatouage sur le crâne, c’est plus rien !

  5. Pas trop dure a première journée de rentrée?

    • Ha mais j’entame ma deuxième semaine :o)
      Pour l’instant ça va, aujourd’hui le Boss est là et les discussions surréalistes ont reprises. Erk!

  6. Et alors Simone elle se rencontre finalement? Hein?

  7. En même temps, j’étais sûr que Yolanda n’était pas décédée. Il suffisait de bien chercher!

  8. Je me demande quel surnom les autres te donnaient sur la plage…

  9. … Peut-être « la super pétasse au tee shirt moulant », non?

    • Presque. « Le bel Apollon qui sort de la mer ruisselant et bronzé et qui fait un show sous la douche » C’est comme ça qu’on m’appelait.

  10. Et puis d’abord qu’est-ce que tu as contre les gens qui ont mauvaise haleine?

  11. T’as pas parlé de Monsieur Erection qui fait semblant de lire sur le ventre pour cacher sa turgescence naissante.

  12. 8 lessives en 4 semaines, ça veut dire que tu t’es mis directement dans la machine?

  13. Bon j’arrête, tu vas croire que je te floode, ce qui n’est, bien sûr, pas le cas, loin de moi cette idée! Ah non monsieur, je ne suis pas de ce style moi. J’ai un métier qui ne me permet pas le moindre répit… Vous insinuez que je vais sur internet pendant mes heures de travail? Non mais je suis choqué, voilà maintenant vous m’avez fait pleurer, c’est malin. Je crois que je vais vous poursuivre pour harcèlement moral car je suis persuadé que vos intentions sont mauvaises.

    Bon sinon bisous hein.

  14. Franchement je kiffe François Sagat. J’y peux rien c’est magnétique… je ne pense pas être son genre mais s’il me disait oui je crois que je me soumettrais directos (alors que pour me soumettre généralement il faut avoir recours à la violence. Voire au chantage.)

  15. Moi j’ai jamais eu de problème pour faire Pipi dans l’eau mais là, en te lisant, j’ai presque honte. (les François Sagat ils le font eux ? ça m’aiderait à mieux m’accepter)

    • Ha mais c’est sale! En plus tout le monde crache ou se mouche dans l’eau.
      Les François Sagat ne peuvent pas pisser dans l’eau ils bandent!

  16. Je vois pas le tatouage.

    • Bah c’était difficile de se montrer discret pour prendre des photos alors que tout le monde se touchait plus ou moins. Je veux dire qu’ on était très proche quoi.

  17. Oh tu me donnes envie de Barcelone! Encoooore

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