L’arrivée à Chicago 1/2

Mes premiers pas sur le sol des États Unis d’Amérique.

2009. Une année horrible au taf à attendre la publication de la liste de ceux qui seront licenciés « économiquement » en supportant toute la panoplie de coups bas, de coups de poignard dans le dos, de rumeurs, de médisance, j’en passe et des bien pires, qui va avec. Une année bien stressante donc qui finit en apothéose lorsque mon collègue est viré en juin. Je signe hagard mon nouveau contrat de travail sur cinq jours au lieu de quatre pour faire le boulot de deux avec le même salaire. Et je me retrouve à l’aéroport sans avoir préparé mon périple « US Route 66 » qui devra durer un mois.

C’est donc muni d’une simple liste des spots sur l’itinéraire de la Mother Road arrachée in extremis à Wikipédia que j’atterris après neuf heures de vol à Chicago. Juste un peu angoissé mais pas trop, rapport au langage utilisé sur ce continent que je ne maitrise pas vraiment.

Bon un aéroport même aux States reste un aéroport classique, on ne va pas en faire un fromage non plus, hein! Pas de panique donc. Je suis le troupeau en jetant un œil à la signalétique histoire de me donner bonne conscience et puis l’épreuve de la douane approche. Alors on m’avait bien prévenu qu’ils étaient hyper chiants, qu’ils allaient me prendre en photo avec une pancarte dans les mains de face et de profil, me prendre mes empreintes digitales et que même si j’ai déclaré (deux fois) sur internet que je n’étais pas un dangereux terroriste et que oui j’avais bien l’intention de repartir et non pas de m’installer définitivement chez eux, je pouvais me voir refuser l’entrée en Amérique!

Nous sommes au moins « un bon millier » à serpenter entre les cordes pour franchir la barrière de guichets à la douane. J’essaye d’anticiper un peu sur le mode opératoire exact. Il y a des grands écrans dans toutes les langues qui expliquent comment qu’il faut faire tout ça. Sauf que celui qui est rédigé en langue française est tout au fond à gauche et qu’on ne peut pas le déchiffrer. Il est trop loin!

Pas grave, j’observe ceux qui passent. Parfois c’est long, parfois ça va très vite. Mais surtout, il y a un douanier qui a l’air de très mauvaise humeur. Il fait la gueule, il soupire, il ne sourit pas. Mon premier vrai Ricain élevé aux OGM, blond, cheveux ras, joues roses, musclé, gras encore jeune. Je ne veux absolument pas avoir à faire à lui. Sa collègue de guichet fait des sourires aux voyageurs, elle. Et bien ça n’a pas manqué, sur la petite dizaine de guichets c’est Mister America himself qui me fait signe de la main pour que j’avance. Pas aimable. Et là, il me balance sa tirade sans même lever la tête,  me regarder, et sans articuler. Bien. Devant mon absence de réaction, Sir DuCon relève la tête et me dévisage. Il répète agacé son couplet. Moi pas comprendre. Il soupire, se gratte la tête.

De mon côté, ça mouline dur dans la mienne, il va sortir son arme de service et me descendre devant tout le monde. Je pense à ma mère, à ma famille, je vois ma vie défiler à toute vitesse quand je l’entends me demander la date de mon départ (j’avais réussi à saisir trois mots en english, trop de la balle) ni une ni deux je lui flanque sous son museau la carte verte remplie à bord de l’appareil où j’ai précisé mon lieu d’arrivée et les dates de mon séjour. Agacé, Mister Ronchon lit le papier, tamponne rageusement mon passeport et me fait signe de dégager au plus vite. Record battu sous le regard médusé de tous les gens qui attendent encore leur tour derrière moi. Comment je suis trop un winner en vrai! Même si j’ai dû poireauter une heure pour cette première prise de contacts avec les Ricains.

Je dois récupérer ma valise maintenant. C’est par où? Ha mais c’est juste derrière en fait. Il n’y a qu’à lire les panneaux c’est trop facile. Je commence néanmoins malgré l’excitation du moment (je suis aux States, merde!) à fatiguer. C’est que je me suis levé aux aurores moi. Bon les valises, les sacs, les trucs louches emballés dans du film plastique déboulent sur le tapis roulant mais point de mon sac. Une heure j’ai poireauté pour récupérer ce foutu sac! Heureusement que les roulettes n’ont pas été cassées. Ta daa! Je suis dans le hall de l’aéroport. Ayè! J’y suis!

Ma mission consiste maintenant à trouver la signalétique qui m’indiquerait le stand de voiture de location. Un panneau, quoi! Même pas trop grand! Un carré jaune avec écrit « Hertz » dessus ça m’irait bien! Que nenni. Je ne vois strictement rien. Je panique un peu. Mais c’est quoi ce bazar ? Elles sont où les bagnoles? Je sais qu’il y a une navette qui devrait m’emmener chez Hertz à l’extérieur de l’aéroport. Mais je ne trouve pas. Je respire tranquillement, calme mes valises qui s’impatientent. Et puis miracle, après avoir marcher de long en large pendant une éternité, j’aperçois un échantillon de panneau avec le mot magique écrit dessus.

Un bus est stationné à l’extérieur, je monte, empile mes valises sur d’autres et c’est parti. Ça roule. Ultime vérification, j’ai bien mon permis de conduire international en poche!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La suite par ici

~ par PascalR sur 26/08/2010.

16 Réponses to “L’arrivée à Chicago 1/2”

  1. ça me rappelle furieusement le carnet de voyage de Barcelone il y a quelques années quand tu ressemblais à un clébard.

    Hâte de connaître la suite.

    (je suis sûr que t’as fini dans un hôtel crasseux avec monsieur OGM).

  2. On m’avait dit à peu près la même chose à propos des douanes américaines, et en fait, ça n’était pas du tout ça. Le mien a même échangé quelques en français. Pas très souriants mais bien plus sympas que ceux que j’ai eu au retour à Paris.
    En revanche, mon arrivée il y a quelques années à Montréal fut détestable. Comme quoi.

  3. L’immigration aux USA ça peut être un vrai cauchemar, Miami étant l’aéroport le plus honteux sur ce sujet.
    T’as des photos de toi avec la bombasse OGM?!

  4. avec moi le douanier était sympa et souriant. Les gens me veulent, ça doit être ça, tout simplement…

    « un bon millier » quand je pense que t’as du les compter pour le dire ici je compatis

  5. @Ditom : Il y a de ça en effet quant au clebs je l’ai buté :o)
    @Olivier Autissier : Y a pas de règles alors! Le retour à LA a été beaucoup plus décontracté.
    @Fab : Y pas de photos du costaud, trop peur qu’il me tue sur place!!!
    @Joss : Les gens sont gentils en général avec les petits enfants, ok il y en a pour les congeler :o)

  6. J’aime beaucoup ton récit, et surtout ta manière de le raconter.
    C’était sympa aussi de suivre ton périple en photo sur FB.
    Pour mon arrivé à New York, le plus embêtant c’était l’attente, par contre ce qui m’a marqué c’était l’aérogare j’ai eu l’impression d’être dans un pays du tiers monde. Pour le départ ce fut l’opposé il était superbe.
    Vivement la suite du récit :)

    • Oui le récit sur FB c’était mon lien avec le reste du monde tous les soirs quand j’avais le wifi. j’étais tout seul sur la route, pendant un mois.

  7. faut un permis international pour les states maintenant ? j’en ai jamais eu besoin moi… mais ca fait un moment que je vais plus dans ce pays de fous, tout s’est ecroule le jour ou ils ont invente la Ford T ;-)

  8. Je me réjouis de lire la suite. Moi qui ne sais pas parler cette langue étrange, j’imagine les affres d’une arrivée dans un pays dont je ne comprendrai rien.

  9. Mais je ne comprends pas ! Mon copain Oussama, il a pas eu tous ces ennuis en arrivant à l’aéroport…

    (Je suis déjà sorti, hein)

  10. A New York à l’immigration, la seule chose qu’ils m’aient demandé c’est si j’avais de la nourriture. Ils ont très peur qu’on les empoisonnent avec nos fromages qui puent. J’ai souvenir du même genre d’accueil à Moscou, mais c’était du temps de l’URSS

  11. @Valérie : en fait on arrive toujours à communiquer avec des gens sympas
    @Churchill : Dehors !!! NanMèHo :o)
    @Gouli : C’est vrai que les camemberts sont ds armes de destruction massive mine de rien :o)) (sinon ton commentaire était bloqué « attente de relecture » pas modéré mais louche quand même)

  12. C’est quoi un permis « international » ? Il y des épreuves en plus ? (Je n’ai pas le permis de conduire, moi, hein…)

  13. Tu racontes très bien cette arrivée. L’espace d’un moment, l’angoisse a étreint ma gorge!

  14. @1loup : C’est juste une démarche administrative à partir de ton permis de conduire européen. Il n’est valable que pendant la durée du séjour à l’étranger.
    @Enguerrand : Ha le coup du flingue, je savais que ça allait faire son petit effet :o) La prochaine fois je passerai une bande annonce pour prévenir les lecteurs jeunes et les âmes sensibles. :o)

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