L’arrivée à Chicago 2/2

La navette nous trimbale sur des routes qui croisent d’autres routes un peu dans tous les sens, par en dessus, par en dessous, avec des feux de signalisation suspendus dans les airs. Je vérifie que la conduite se fait bien à droite avec un volant à gauche conformément à mes prières. Quelques minutes suffisent pour rejoindre l’immense parc de voitures de location depuis Chicago O’Hare International Airport (ORD pour les initiés). Exciting! Je suis si près du but, même si une soixantaine de kilomètres me séparent encore de mon hôtel, j’ai l’impression que le plus dur est fait.

Bah non en fait. Le voyage dans l’avion qui vole dans les airs ne m’a requis aucun effort particulier (les ingénieurs ont depuis peu remplacé avantageusement les rames et le fouet par des moteurs) et le passage à la douane n’est plus qu’un lointain souvenir. Et là sous mes yeux horrifiés (moi je garde une attitude digne) je vois une immense file d’attente d’au moins six kilomètres de long s’engouffrer tout doucement et péniblement dans le bâtiment « Hertz ». Je m’insère dans la file et déjà je note que l’IMC moyen est largement supérieur à celui contre lequel j’ai l’habitude de me frotter dans les couloirs du métro parisien. Le truc bien c’est que je suis complètement décomplexé avec ma grosse valise, mon vanity case sur roulette et mon sac à main au vu des malles taille XXXL trimballées par des ogresses aux proportions gargantuesques.

Et on avance à petits pas. Très petits pas. Il fait chaud. Et je découvre avec bonheur que la salle dans laquelle je viens de pénétrer est c-l-i-m-a-t-i-s-é-e. Par contre c’est un peu le bordel inside. Les distributeurs automatiques de pré-réservation sont tous en panne ce qui explique en partie le temps d’attente monstre pour atteindre le comptoir. Je suis serein sur ce coup là (pas comme à la douane) parce que j’ai réservé la voiture depuis Paris et j’ai quasiment tout compris sur les clauses d’assurance, même celles écrites en tout petit! J’ai dans ma main droite ma petite feuille de résa certes un peu chiffonnée  avec le passeport encore tout secoué depuis sa dernière rencontre avec un tampon un peu rustre.

Ayè! C’est mon tour! Une petite et menue jeune femme me sourit de toutes ses dents et me déverse un torrent de paroles absolument incompréhensibles. Ho là! Doucement les chevaux! On se calme. Je lui tends ma petite feuille et lui explique que je ne parle pas english. A ce moment du récit, pour les lecteurs un peu sceptiques (Joss par exemple*) je dois préciser que l’anglais que j’utilise est tout à fait compréhensible pour un Américain ou une Américaine de base, même blonde (Quoi que). Comme je parviens à déchiffrer aussi tous documents officiels point trop techniques et où l’argot aura été expurgé. C’est au niveau de la compréhension orale que j’ai un sérieux problème. Donc oui, je parviens tout de même à communiquer (en un seul mot) tant bien que mal avec les autochtones.

Et là c’est le drame! Suite à un interrogatoire de routine, mon petit bout de femme perd d’un coup d’un seul son splendide sourire pour se prendre la tête à deux mains et commencer à se balancer frénétiquement d’avant en arrière sur son siège ergonomique tout en roulant des yeux. Elle vient de comprendre que le frenchy, il va se taper l’US Route 66 soit 2500 miles (4000 km) en bagnole et ALONE !!!!! HaMaGad! Je la rassure autant que je peux, lui fait tâter mes biceps tout ça et elle reprend peu à peu figure humaine et finit par se calmer. Mais comme elle n’est pas entièrement convaincue que je vais réussir à m’en sortir vivant tout seul dans cette aventure de folie (Et tu chantes chantes chantes ce refrain qui te plait, et tu tapes tapes tapes c’est ta façon d’aimer…) (Désolé) elle me file une bagnole de chez bagnole ultra bonne! Mais ça je ne le sais pas encore.

Ha le dernier détail à régler, c’est de me trouver une aide pour faire fonctionner Josianne. Josianne sera ma plus fidèle amie sur les routes où elle m’enverra n’importe où, n’importe comment par des circonvolutions archi-complexes mais saura au final toujours me ramener à la maison, Josiane mon GPS, sous vos applaudissements. Je trouve la voiture sur sa place de parking, une grosse Ford avec quatre roues trop de la balle. Et un premier type tente de m’expliquer le fonctionnement de Josiane. Je ne me suis jamais servi d’un GPS de ma vie n’ayant plus de voiture depuis que j’habite définitivement Paris, c’est à dire depuis une petite quinzaine d’années. Il ne trouve pas le paramétrage pour changer la langue. A un moment je lui ai presque dit : « Attends laisse moi faire, je vais aller plus vite, tu m’énerves! ». Il s’est vexé le con! Un deuxième arrive, il est plus jeune mais aussi beaucoup plus limité intellectuellement que son collègue. Comme je n’ai toujours pas obtenu satisfaction, il est hors de question que je bouge d’un nano mètre cette bagnole.

Enfin, le vieil homme arrive.

D’abord il commence par l’essentiel, la boite de vitesse automatique. Ha bah tiens! Y’a que deux pédales dis donc !!! Mais heuuuu! Comment je fais ? Il a été ferme. Ta jambe gauche, tu l’oublies gamin, un point c’est tout! Au besoin on peut te la couper. Non, non. Ça va aller. Quelle jambe gauche ? Et puis il m’explique Josiane. Ha ok, ça me plait bien. Elle a une drôle de voix tout de même! Et c’est partiiiiiiiiiiiiiiii. Conduire je sais faire. J’ai survécu sans être décoiffé à plein d’accidents, des tonneaux ravins les quatre roues en l’air, des poteaux vicieux, des peupliers distraits, tout ça. Donc pour ce point là, il n’y a vraiment aucun problème, j’assure. Même pas peur! Et effectivement sortir du parking dans cette voiture est un vrai plaisir. J’ai introduit au préalable l’adresse de l’hôtel, paramétrer la voix de Josiane en français, et afficher des kilomètres pour mieux évaluer les distances.

Au début ça va. Je commence à tripoter tous les boutons de réglage de la clim, la musique, les rétros électriques, les vitres, les clignotants, les phares, le klaxon. Putain ! Ils l’ont mis où le klaxon ? Poueeeeeeeeeeeeeeet! Ha sorry! Hi hi hi! Ca y’est, je suis sur l’autoroute ou bien sur une piste d’atterrissage tellement c’est large. Bref moment de panique! Mais je suis vite rassuré par la vision des autres voitures car statistiquement c’est impossible que tous ces gens se soient égarés comme moi sur une piste de l’aéroport. Tiens? Ils ne font pas la course, ils roulent pépères ici. C’est cool. Tchling tchling! Tournez à gauche à 100 mètres. Hein quoi? Qu’est ce qu’elle a dit ? Tchling tchling! Restez à gauche sur 50 mètres. Quoi mais je peux pas là, il y a des voitures, les clignotants? Ils sont où déjà ? Tchling tchling! Tournez MAINTENANT ! Merde le rétro intérieur, j’ai oublié de le régler après mettre recoiffé! Tchling tchling! Calcul de votre itinéraire. Bah heu… Je fais quoi là? Mais magne toi Josiane, on roule là. Tchling tchling! Prochaine sortie dans 1 kilomètre. Han! Mais comment je vais faire pour m’en sortir ?!

Je respire, je comprends assez vite que la file de gauche est réservée au co-voiturage mais quand je dois tourner à gauche je peux y aller. J’attends la prochaine sortie confiant. Tchling tchling! Tournez à gauche à 100 mètres. Je suis prêt, je suis sur la bonne file et … Damned! La sortie est barrée pour cause de travaux. Tchling tchling! Tournez maintenant! Nan! C’est pas possible! Tchling tchling! Calcul de votre itinéraire. Ma mâchoire vient de se décrocher, je la récupère avec le pied gauche qui sert enfin à quelque chose depuis le départ. La ville de Chicago s’offre à mon regard ébloui! Impressionnant! De toute beauté! Mais comment je vais faire pour rentrer la dedans? C’est immense! Des gratte ciels comme à la télé! Plein! Très hauts! Tchling tchling! Prochaine sortie à 250 mètres, restez tout droit! Oui, oui d’accord. Mais bon là, j’en prends plein les mirettes, j’ai un sourire on the face gigantesque.

Trois sorties que je n’ai pas pu prendre à cause de travaux. Ce qui fait que je suis rentré dans Chicago par le sud et remonter tout droit vers le nord, vers mon hôtel. Tout de suite pris, comme aspiré dans le flux des voitures, dans la ville américaine avec ses feux rouges postés de l’autre côté du carrefour, ses taxis jaunes, ses embouteillages aussi! Je ne sais plus où donner de la tête. J’essaye tout en conduisant de regarder les tours vertigineuses à m’en donner des torticolis pour des années. Je suis perdu mais heureux comme un petit fou. Ça fait bientôt une heure que je roule et je reconnais enfin la façade de l’hôtel, je me gare devant. Balance les clefs au mec en livrée qui s’approche de moi. C’est le Valet service dont j’ai eu la présence d’esprit de garder comme critère de sélection de l’hôtel! Qu’il aille garer ma voiture où il veut, moi je n’en peux plus!

* Joss sceptique, mouha ha ha ha ha

Les liens vers la galerie photo sur flickr et vers la galerie PBase

~ par PascalR sur 27/08/2010.

20 Réponses to “L’arrivée à Chicago 2/2”

  1. Ah, les feux tricolores de l’autre côté du carrefour ! Un vraie joie !
    Ma première conduite au Québec, et la seule, ma copine me crie « Hé, le feu est rouge, arrête-toi ! »
    Et moi je lui réponds « Le feu ? Quel feu ? »

  2. J’adoroooore ton récit !
    Moi aussi j’avais réservé la voiture par internet sur un site français mais depuis l’hôtel de New York, c’était moins cher et en plus la voiture a été surclassée un Cadillac grande, lecteur CD, clim, la totale. Mais je n’étais pas seul, j’avais un copilote qui lisait les cartes. Seul j’aurai eu la trouille surtout pour quitter New York.
    Bon si pour la prochaine aventure tu es seul, je t’accompagne ;)

  3. Qui dit travaux, normalement, dit ouvriers de chantier…

    Je dis ça, je dis rien. (D’ailleurs, je suis déjà dehors).

  4. OMG! Quelle aventure! Quelles émotions!! Nan, je déconne mais ça va être + que sympa de te suivre sur les 4000 bornes… et depuis le temps que tu l’avais promis (non, je ne me plains pas, je souligne, c’est tout, 15 mois plus tard…) on va en profiter :)

  5. Lecture très agréable. J’attends la suite avec impatience.

  6. @Olivier : Moi j’avais révisé un peu le code de la route, j’allais tout de m^me conduire tous les jours! Mais même, au début c’était dur les feux rouges :o)
    @G L : Merci, j’ai réservé en France car j’aurais été incapable de comprendre en anglais le contrat de location. Je n’ai pas eu peur sur place, maintenant quand j’y pense je me dis que j’étais bien fou!! :o)
    @Churchill : Je ne sais même pas s’il y en avait des mecs torse poil en string rose sous le pantalon. J’avais trop de choses à regarder, le compteur de vitesse, Josiane, le flux des voitures, les panneaux routiers :o)
    @Jérôme : Ho la faut pas s’emballer, il y a eu de journées bien calmes par la suite. Heureusement d’ailleurs :o)
    @Gouli : Merci, ça va le faire tout doucement comme je le disais plus haut il y a eu des journées très calmes.

  7. Comme dirait Rihanna
    « Say a prayer to yourself
    He says close your eyes
    Sometimes it helps »

  8. Les road trip américains c’est un pur moment de bonheur. Ton aricle me rapelle mon grand ouest américain à bord d’un grand cherokkee dépourvu de Josianne…mais le trajet avait étét préparé sur internet avec sortie des plans et des itinéraires sur papier. Au premier abord ça fait bordel…mais au final pas de problème d’itinéraire.
    en tout cas sympa ton style on se plonge tout de suite dedans !

  9. Et bien moi je dis qu’avec Josianne, on est pas arrivé à L.A. et c’est tant mieux…car nous voilà reparti sur la route en pleine rentrée tristounette…
    Tandis que raisonne un vieux tube des ZZ Top….

  10. @Poussin : Je n’ai pas eu le temps de préparer quoi que ce soit, juste la page wikipédia et un atlas routier. L’inconvénient de ne pas avoir de copilote. Josiane était bien pratique pour trouver une adresse dans les villes, un motel le plus proche, au jour le jour. Et oui c’est un grand pied de faire ces road trips.

    @Didier : Ha bah tout de même t’as trouvé comment poster un commentaire… Merci! On va y aller doucement car dans l’Illinois la vitesse est limitée à 65 miles. (ZZ top ???? Mais non j’ai embarqué Dalida (elle voulait pas au début parce que ça la décoiffe) et Priscilla folle du désert)

  11. @ Pascal: ça décoiffe?! t’avais pas ton gel?

  12. ah merde! c’est parce que j’ai grossi… ça rentre plus dans le cadre… je t’en promets un tout joli pour l’avenir!

    • Mais non t’es pas gros!
      C’est parce que tu avais changé ton nom dans les deux précédents commentaires. Je les garde précieusement car tu dis plein de gros mots :o)

  13. salope!

  14. j’ai un peu honte
    tu passes souvent par chez moi, tu commentes mes billets, tu me poses des questions auxquelles je ne réponds pas toujours, tu m’encourages de mots gentils qui me font rougir jusqu’aux oreilles (que certains voient vertes, d’ailleurs, ou bleues, je ne sais plus), alors que moi je ne viens ici qu’en catimini, un peu comme une petite souris qui ne voudrait rien déranger, juste chiper un petit bout de fromage…
    comment me faire pardonner ?
    en te disant que j’adore ton T-shirt rose et que j’aimerais bien avoir le même…
    je ne manque pas d’air ? je savais bien que tu me répondrais ça…
    c’était juste pour avoir un petit bout de fromage

  15. j’ai un peu honte
    tu passes souvent par chez moi, tu commentes mes billets, tu me poses des questions auxquelles je ne réponds pas toujours, tu m’encourages de mots gentils qui me font rougir jusqu’aux oreilles (que certains voient vertes, d’ailleurs, ou bleues, je ne sais plus), alors que moi je ne viens ici qu’en catimini, un peu comme une petite souris qui ne voudrait rien déranger, juste chiper un petit bout de fromage…
    comment me faire pardonner ?
    en te disant que j’adore ton T-shirt rose et que j’aimerais bien avoir le même…
    je ne manque pas d’air ? je savais bien que tu me répondrais ça…
    c’était juste pour avoir un petit bout de fromage

  16. j’ai un peu honte
    tu passes souvent par chez moi, tu commentes mes billets, tu me poses des questions auxquelles je ne réponds pas toujours, tu m’encourages de mots gentils qui me font rougir jusqu’aux oreilles (que certains voient vertes, d’ailleurs, ou bleues, je ne sais plus), alors que moi je ne viens ici qu’en catimini, un peu comme une petite souris qui ne voudrait rien déranger, juste chiper un petit bout de fromage…
    comment me faire pardonner ?
    en te disant que j’adore ton T-shirt rose et que j’aimerais bien avoir le même…
    je ne manque pas d’air ? je savais bien que tu me répondrais ça…
    c’était juste pour avoir un petit bout de fromage

  17. C’était modéré parce que c’était tes premiers commentaires.
    Et je laisse tous ces commentaires qui sont le reflet exact de ce que je dénonçais sur ton blog, on ne s’y retrouve plus :o)
    Merci pour la visite ça fait toujours plaisir.
    Et oui tu peux écrire toutes les cochoncetés que tu veux sauf sur ma mère bien entendu !

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