Allez vous faire foutre

Déjà au collège j’étais certain que je n’étais pas comme les autres. Je n’étais pas très fier de moi. Je ne savais pas quoi faire et encore moins dire. Être dans la peau de quelqu’un dont on ignore si c’est le bien ou le mal qui l’habite n’est pas un facteur facilitant pour affronter sa petite crise existentielle d’adolescent boutonneux. Et le pire du pire c’est que je ne grandissais pas aussi vite que mes camarades et les poils pubiens se faisaient appeler « Désiré ». Alors pour l’apprentissage du rasoir on repassera dans un an ou deux. Heureusement ma voix avait bien muée, elle.

Même. Je n’étais pas bien dans ma peau de mec qui avait conscience que les filles ne l’intéressaient que moyennement. Par contre la Grèce antique qui exhibait tous ses Apollons à poil et musclés dans mon livre d’histoire m’interpellait quelque part. Et puis mes copains à moustaches m’intriguaient farouchement. Oui, oui dans les vestiaires du gymnase, sous la douche à la piscine aussi.

C’était de plus en plus clair, j’étais un homosexuel. Bordel de Zeus comment je vais faire pour m’en sortir ? Mais qui je suis vraiment ? Est-ce passager ? Est-ce une maladie? J’ai donc entrepris de rechercher mon identité dans l’analyse graphologique. J’ai dévoré plein de bouquins et me suis rendu compte que c’était infiniment plus complexe que je ne me l’imaginais. Il fallait s’en remettre à un professionnel.

J’ai donc attendu d’avoir mon premier job pour me payer une vraie analyse graphologique. C’est pendant toutes mes années au lycée que ma vie est passée entre parenthèse. Je refaisais bien le monde avec mes potes hétéros dans notre café. J’allais me dandiner sur le disco flamboyant aux boums du lycée qui se tenaient dans la boîte juste de l’autre côté de la rue. Je faisais comme si de rien n’était ou plutôt je faisais comme les autres.

La graphologie donc. On allait enfin savoir si j’allais survivre à cette anormalité. La gentille dame m’a astucieusement orienté vers une psychologue. Ma première! Bonjour madame, guérissez-moi! STOP! Vous avez bien lu. A cette époque, je me considérais comme malade. Ma préoccupation ce n’était pas le coming out, mes parents, et tout le reste, non. C’était bien, je ne suis pas normal et il faut coûte que coûte rentrer dans le moule de l’hétérosexualité.

Bien évidemment elle ne m’a guéri d’aucune maladie incurable. Mais grâce à elle, j’ai pu franchir les portes de ma première discothèque gay (Il n’y en avait que deux à Rouen à l’époque). Combien de fois j’ai fait demi tour au dernier moment avant d’oser franchir ce seuil. Et puis un soir, je l’ai fait, tout tremblant certes mais je l’ai fait. Je ne le regrette absolument pas aujourd’hui.

Je découvrais émerveillé plein de mecs comme moi. Mon premier déshabillage du regard quand je suis rentré dans cette boîte par la faune locale. Affronter les regards et se sentir vivre. Vivre, exister. Des gens me regardaient pour la première fois dans mes habits de lumières. (Vraisemblablement un jean et une chemise blanche très grande) Ce fût l’un de mes plus beaux jours de ma vie.

J’ai vaincu ma peur, j’ai eu la chance de trouver sur mon chemin des gens qui m’ont guidé. J’ai préservé ma famille de tous mes tourments et je suis resté vivant.

Alors je voudrais juste dire à tous ces monstres qui considèrent l’homosexualité comme une menace pour l’humanité, qui font l’amalgame avec la pédophilie et la zoophilie, qui refusent le droit au mariage des homos au prétexte que ce serait une aberration anthropologique, et bien qu’ils aillent se faire foutre.

Car si dans les années 80 j’étais relativement épargnés par ces discours homophobes, peu relayés dans les quelques médias existants, les jeunes du 21 ème siècle sont eux abreuvés en permanence de flux d’informations. Si moi, j’ai pu m’en tirer sans me pendre, les tentatives de suicide des jeunes ados homos d’aujourd’hui sont de mon point de vue engendrées en partie par ces discours de haine.

Alors mesdames et messieurs les politiciens homophobes « Allez vous faire foutre ! »

Et demain j’irai à la marche des fiertés pour tous ceux qui sont restés cloîtrés chez eux.

~ par PascalR sur 24/06/2011.

18 Réponses to “Allez vous faire foutre”

  1. Remarques, même maintenant tu fais plus jeune que ton âge.

  2. Let’s go outside !

    Très joli billet.

  3. je suis dac’ avec toi : mort aux cons…. le pire c’est que certains meurent ou souffrent terriblement avant d’en être persuadés… encore un hug pour toi (t’exagères en ce moment, n’en profite pas, hum ? )

  4. Clap, clap, clap. Beau témoignage.

  5. Je ne me lasse pas de lire ce genre de billet, le coup du « j’entre et puis non j’entre pas » après être passé 1000 fois devant la porte m’interpelle!

    Et mort aux connards!

  6. Ouais ! Qu’ils aillent se faire mettre bien profond, ça les décoincera peut-être un peu !

  7. Oh moi aussi ça me rappelle le nombre incalculable de fois où j’ai fais des détours improbables qui m’amenaient à passer devant le local d’un asso LGBT en espérant croiser seulement un regard et jamais rien. Que d’angoisse, hélas.

    La charte graphique est toujours aussi remarquable.

  8. « Mort aux cons » est un vaste programme, quand même… comme disait le général de Gaulle. :-)

    Sinon, tu sais que maintenant tu vas pouvoir te marier à New York ? C’est chouette, ça, hein ? Bon, faudra juste veiller à ce qu’Elwë ne finisse pas comme tous les ados américains – obèse et accro à la télé. :-)

  9. Qu’ils aillent se faire foutre….
    Et si seulement ils y prenaient goût …
    J’ai découvert au fil des « gay prade » des garçons (forcement il y a peu de fille dans mon environnement) qui me laissèrent un souvenir ébloui.
    des hommes malheureux et AUSSI bien plus nombreux ,des épanouis du moins je veux le croire.
    Mon Dom et son Smab(qui est devenu « le notre » ) sa famille et la notre vivons la joie de voire nos enfants heureux, et nous apprêtons à faire une teuf gigantesque pour le jour de leurs noces.
    Quand même faudrait pas que ça tarde trop, nous ne somme plus très jeunes .
    Je ferai une « micro » gay prade parce que c’est la fête de mon quartier, que je suis connue comme étant la mère de…et que les interrogations sur les « comment » se font de plus en plus rare mais persistent encore.
    Je vous embrasse messieurs ET mesdames qui passés par là.

  10. C’est presque aussi pour toutes ces raisons que je compte participer à la gaypride cette année.

  11. @TM : Comment ça Georges Michael est homosexuel ?!
    @Laurence : Pas trop de hug, Ditom va être jaloux
    @Christophe : Si ça peut aider :)
    @FabFab : Je réalise que c’est universel comme comportement devant la porte à passer et repasser.
    @Glimpse : D’autant plus que dans le tas de cons il y en a qui ne sont pas sortis du placard!
    @Joss : Je sais pourquoi tu me fais un compliment, trainée :o)
    @Churchill Oui je sais depuis que j’ai lu ton mur FB. Je me lève moi!
    @mume : yes une micro gay pride à vous toute seule! trop la classe!
    @Laurent : Va y avoir plein d’homosexuels dis donc! Ha ? C’est le principe qui veut ça :o)

  12. Un jour peut-être, les polytocards comprendront que l’humanité est diversité et que la vraie menace c’est leurs leçons de morale stupides qui voudraient que tout le monde soit formaté de la même façon…

  13. ce qui me coupe le sifflet, entre autre, c’est que la graphologie ait pu donner un sens, même quelconque, à ton écriture… ceci étant, je dis ça, mais je ne dis rien, hein !

  14. vous même Gisèle.

  15. @Loup : Les politicards non malheureusement plus e projet de société et d’humanisme!
    @antenor : j’ai analysé ton écriture sur ton blog… Ca va pas bien! Hein! Mais alors pas bien du tout :o))
    @ditom : Et « s’il vous plaît » ? Ha les bonnes manières se perdent!

  16. Si tous les jeunes mecs qui se cherchent pouvaient lire ta note… ça serait absolumment génial!! Ils se sentiraient moins seul en lisant cette bouée jetée sur internet!
    Bravo! :o)

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