Les pédés se cachent pour mourir, merci.

Je suis en colère.

Je ne devrais pas je le sais. Mais pourtant. Il y a ce gamin de 14 ans (quatorze ans) qui s’est donné la mort parce qu’il n’a pas supporté l’homophobie bête de ses congénères. Des insultes, des vexations sans aucun doute. Alors ce petit bonhomme a posté une ultime vidéo et a écrit son dernier tweet à Lady Gaga et puis il s’en est allé.

Un billet de Ditom « When will they learn ? » a été publié, d’après l’alerte mail d’abonnement que j’ai reçue, à 15h40. Je ne comprends toujours pas pourquoi ce post n’a seulement que deux commentaires presque quatre heures plus tard. Habituellement, c’est la ruée dès qu’il publie une photo de Viviane, ce qui est très drôle ne boudons pas notre plaisir.

Mais qu’est ce qu’il faut pour que nos lecteurs homos ou hétéros d’ailleurs, réagissent, prennent le relais pour combattre cette homophobie tueuse d’un gamin de 14 ans ? Qu’est ce qu’ils attendent pour commenter, pour donner leurs avis, partager leurs chagrins ? J’avoue ne pas comprendre.

Et je constate ce soir la même chose sur mon mur Facebook. Quand je poste un truc rapport à Elwë ou au champagne j’ai 10 commentaires, 20, 30 voire 40 commentaires lorsque ça dérive sur le cul. J’ai posté le lien du billet de Ditom. Pas un seul commentaire ce soir. « Circulez, y’a rien à voir ». Alors je me demande où est le problème ?

Pourquoi une vidéo d’un chaton qui se coince la tête dans un carton recueille plus de commentaires que celle d’un p’tit gars un peu trop sensible,  pour certains (ou pour la grande majorité, silencieuse du coup) qui vient nous dire que ça va bien quand même alors qu’on sait qu’il s’est finalement suicidé ?

Allons, je veux bien entendre que les news de la communauté gay n’intéressent que les gays. Forcément. A cause du communautarisme que l’on nous reproche à l’envie. (Perso moi, je me verrai bien noyé dans la masse vivant ma préférence sexuelle décontracté du gland) La faute au trop fameux lobby gay ! Tremblez hétéros!

Mais tout de même. Jamey Rodemeyer, puisqu’il a un prénom et un nom, n’avait rien d’effrayant. Ce n’était pas un gay dépravé, alcoolique, drogué, prostitué, exhibitionniste, et pire même encore séropo. Non, c’était juste un petit bonhomme avec sa petite différence qui a énervé ses copains au point, je le répète, de le conduire au s-u-i-c-i-d-e. La mort en fin de vidéo!

Sur Facebook, sur 80 amis aucun n’a pensé à laisser un commentaire, à partager son avis, sa peine, sa douleur ou son incompréhension. Sur les 80, il y a 46 gay (hommes et femmes confondus) et 34 hétéros. Sur ces 80 personnes, 20 ont des enfants. Si la mort d’un jeune garçon vivant tout là bas aux Etats Unis par suicide ne concerne personne parce qu’il est homo, ce soir, je me désespère de l’humanité toute entière.

Alors on m’a tenté de m’expliquer, il y a très longtemps de ça, sur un site de publication de photos que si l’on ne commente pas, ce n’est pas parce qu’on est forcément contre ou pas concerné. C’est vrai. Je n’ai pas commenté aujourd’hui, faute de support adéquat, sur la condamnation à mort de Troy Davis.

Mais sur mon mur Facebook, j’ai déjà posté des tonnes de liens sur l’homophobie ou plus positivement sur les avancées des droits LGBT. A chaque fois c’est passé en silence. Merci.

Je vous laisse regarder la vidéo chez Ditom.

~ par PascalR sur 21/09/2011.

28 Réponses to “Les pédés se cachent pour mourir, merci.”

  1. J’ai été touché de la même manière, et je ne m’en remets pas depuis. : » »(

  2. Je n’ai pas souhaité commenter parce que je n’ai rien trouvé d’intelligent à dire, parce que je n’ai pas trouvé les mots adaptés. Pas parce que je ne me sens pas concerné, ni triste, ni révolté…

  3. Je te trouve injuste, Pascal. Tu es en colère – et tu as le droit – mais tu es injuste.

    J’ai moi aussi posté sur mon mur (il y a trois quarts d’heures) l’article de Tétu qui raconte l’histoire de Jamey. Et beaucoup de mes lecteurs ont commenté cette histoire…

    Mais, quand bien même certains se tairaient… C’est peut-être tout simplement un aveu d’impuissance, le constat d’une atroce impuissance. Cette histoire nous dévaste tous. Comment dire simplement ce que nous ressentons ? Comment exprimer notre peine, nos regrets ?

    Jamey était entouré, semble-t-il. Par ses parents, par un psychologue, par une assistante sociale. Il avait enregistré des messages pour « it comes better ». Et ça n’a pas suffi.

    Alors ? Alors, je ne sais pas. Je ne sais plus. Et c’est aussi pour ça que, parfois, je me tais.

    • C’est parce que pour moi, sans aucun doute, ce silence c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il y a eu trop de silence avant, tout le temps et encore demain ce sera pareil. J’avoue ma faiblesse. Mais je ne renie pas mes amitiés pour autant.

  4. Parce que c’est plus facile de commenter à propos de ton chat. Parce que ça réveille ou évoque des choses persos. Parce que le net, souvent, FB en particulier, beaucoup y vont se détendre après le boulot. Et que ça fait fuir ces histoires-là. Mais ne crois pas que ça ne fait rien, même si personne ne dit rien, moi le premier.

  5. Je découvre cette histoire grâce à ton blog (et non, je n’avais pas vu le lien vers l’article sur FB,,, autrement j’aurais laissé un commentaire). C’est vraiment terrible que ce genre de choses puissent encore se produire au 21e siècle ! Merci Pascal de nous ouvrir les yeux sur cette triste réalité…

  6. C’est justement parce que l’on n’arrive pas à trouver les mots, les mots justes que l’on se tait.
    Je suis abonnée, je reçois tes billets, je te lis et pourtant je ne commente pas, c’est la première fois.
    Lorsque je suis passée te lire il y a quelques instants, j’étais en train d’écrire quelques lignes pour Une fois par moi, de mélancolique ce soir je suis passée à triste et j’ai changé la fin de mon billet.
    Merci à toi et à Ditom…

  7. C’est tout simplement horrible qu’un gamin arrive à ce stade de désespoir…

  8. Oui, je sais tout ça.
    Cette histoire est terrible, atroce, et les mots peuvent manquer pour dire, dire quoi? Où? Comment? Je sais, ce n’est pas chose facile.
    C’est sans doute parce qu’aujourd’hui on peut mettre un visage, une voix, un prénom sur un jeune homo qui se suicide que je suis aujourd’hui tant en colère face à ce silence.
    On sait. Tout le monde sait que les jeunes gays sont plus tentés par le suicide pendant la période difficile d’acceptation et de construction de soi qu’est l’adolescence. Il en faudra encore combien des petits Jamey pour que l’on punisse tous les homophobes criminels ?
    Ce n’est pas par le silence que nous y arriverons mes chers amis.

  9. Je n’ai pas vu passer ton message, depuis deux jours je consulte moins FB…
    FB, c’est comme sur TE, tu sais bien, il n’y a que les couchers de soleil et les photos carte postale qui plaisaient bien… LOL
    Alors sur FB il n’y a les trucs que dégoûlinants de cucuteries qui excitent le populo et les gros beaufs… (les images de Gaston on été plus souvent commentées que mes coups de gueule)
    Et puis, même si on a lu passer ton indignation, ce n’est pas parce qu’on n’a pas répondu qu’elle ne nous a pas touché…
    bizzzz

  10. J’ai bien fait de passer chez toi d’abord, car sinon, je n’aurais peut-être pas laissé de commentaire chez Ditom.
    On a du mal à s’exprimer quand on manque d’oxygène.

  11. Et pourquoi ne sommes nous pas amis sur FB ???
    :S ne me dis pas que tu ne mets tes liens que sur Google uniquement now…

    Tu as raison, le silence tue encore plus. Cela écrit, ce matin je n’arrive pas à commenter Troy Davis. Je ne me vois pas cliquer « j’aime » c’est indécent. Et je découvre Jamey sur ton blog à l’instant.

    Moral plombé.

  12. Je comprends ta réaction: moi-même, le fait que seuls mes statuts « perso fun » appellent des commentaires sur mon mur fb alors qu’il n’y a jamais personne ou presque pour mes très nombreux liens sociaux-politiques, ça m’eneeeeeeeeeeeeerve :)
    Mais comme l’ont dit tous les autres ici avant moi, et même si oui croquegidouille ça laisse un peu pantois, cela en veut pas dire que personne le clique, ne lit, et à fortiori ne réagit et ne ressent.

  13. Dans un monde qui n’est pas toujours facile à vivre, on a tendance à se réfugier vers les petits plaisirs : commenter une photo d’Elwë ou un article sur Viviane, c’est partager un sourire, un petit instant de bonheur, ça contribue directement à améliorer le quotidien.
    Les articles sur les sujets plus graves nous mettent face à notre impuissance : on ne sait plus quoi dire parce qu’on ne sait pas quoi faire pour l’empêcher. On ne peut que constater et s’en désoler. C’est comme pour réconforter un ami : on a parfois du mal à trouver les mots, mais c’est vrai qu’il faut montrer qu’on est présent malgré tout. Mais que dire quand on est dans le même état d’esprit ?
    L’idéal serait que tous ces pousse-au-crime viennent plutôt lire et commenter les photos d’Elwë pour sourire avec nous…

    • voila, loup a tout dit… je découvre à l’instant cela sur ton blog et ne suis pas passée encore chez Ditom, mais je ne me sens pas capable de visionner une vidéo de Jamey connaissant l’histoire… tristesse et dégout voila ce qui me vient à l’esprit.

  14. Ton incompréhension est tout à fait louable et heureusement d’ailleurs, l’homophobie ou la conscience de l’homophobie doit être dénoncée mais il y a des moments où les mots sont dérisoires face à ce qu’on peut lire. Hier soir j’étais dans le bus quand j’ai lu le post de Ditom, ça m’a fait un choc, je ne connaissais pas cette histoire et puis la façon dont il l’a raconté m’a foutu la chair de poule, alors oui il y a des moments ou le commentaire est superflu voire dispensable hormis dire qu’il faut cesser de croire que les homos sont des sous-hommes ou que sais-je. Tant que des peines de justice ne seront pas dissuasives l’homophobie a de grands jours devant elle…

  15. Pour ma part, je retiens le suicide d’un tout jeune adolescent. Une mort encore plus injuste quand elle touche un enfant. Maintenant désolé, mais rajouter des histoires de communautarisme, de pédés qui se cachent pour mourrir, désolé, je n’adhère pas… et la gamine qui se suicide parce qu’elle est dans une misère sociale et affective complète, tu t’en indignes aussi ?

    • Si tu es bien Didier : Il se trouve que ce billet traite d ‘un suicide d’un jeune suite à des insultes homophobes. Donc je parle de ce cas là et pas d’un autre. Je n’ai rien ajouter de communautarisme pour faire pleurer dans les chaudières mais il se trouve que c’est la réalité. Comme la réalité de la gamine qui se suicide (je connais, au collège j’ai eu une camarade de 14 ans qui s’est suicidée avec la carabine de son père)

  16. « Et demain j’irai à la marche des fiertés pour tous ceux qui sont restés cloîtrés chez eux. »

    Moi aussi.

  17. […] bien lire d’autres blogueurs mais parfois je tombe des nues devant leur naïveté et leurs réactions outrées à postériori. Alors ils relayent une information et, de blogs en blogs, se crée une réaction en chaîne qui […]

  18. Je n’ai pas la chance de t’avoir sur FB donc ;) et j’ai vu la news sur twitter via twitter et je suis resté sans voix tout simplement…

  19. Tu pourras te mettre dans toutes les colères que tu veux mais je ne parlerais qu’à peine du bout du clavier de ce genre de chose parce que c’est internet, parce que la pudeur, parce qu’il y a d’autres vraies milliers de motif de colère, parce que les parents du jeune, parce que l’impuissance, etc.

  20. moi aussi je dois dire que je te trouve un peu dur dans ce billet.

    Je rejoins le commentaire de TTO2, chacun réagit comme il ressent les choses et aussi comme il le peut, avec son propre niveau d’émotion et la pudeur qu’on voudra y mettre.

  21. En espérant que tous ici, vous cliquerez!! (et oui, ça a un rapport direct):

    http://www.allout.org/fr/actions/androidapp?akid=254.636751.tq2v2s&rd=1&t=2&utm_campaign=androidapp&utm_content=french&utm_medium=email&utm_source=actionkit

  22. « C’est justement parce que l’on n’arrive pas à trouver les mots, les mots justes que l’on se tait » : juste envie de dire que les gens qui souffrent (pour diverses raisons, maladie, décès, perte d’un enfant…) n’attendent pas « les mots justes », mais peut-être simplement « des mots ».

    Des mots pour montrer qu’ils sont là, tout simplement. Pour montrer qu’ils ne se détournent pas. Qu’ils n’ignorent pas, ne renient pas la souffrance. Parce que ça ne la fait pas disparaître, de l’ignorer ; ça donne juste l’impression qu’on ne la légitime pas.

    J’en ai souffert, beaucoup. On a nié ma douleur, on ne lui a pas donné le droit d’être, et ça ne l’a pas fait disparaître, bien au contraire… Le silence peut faire bien plus de mal que des mots maladroits, je crois. Il suffit parfois de dire « je suis là » ou « je comprends que tu aies mal ». Voire avouer sa faiblesse. Un « je ne sais pas quoi dire » vaut mieux que de passer son chemin sans un mot…

    Pour en revenir à l’article, je trouve ça très triste, et je constate une fois de plus la cruauté réelle des enfants. Ceci dit, elle tient aussi au fait que les parents, en amont, n’inculquent pas la tolérance et le respect. Ma fille (8 ans) a un peu de mal avec le concept d’homosexualité, mais on en parle librement, et petit à petit elle comprend. Mais c’est sûr, ça demande que les parents osent parler (une fois de plus) et surtout, soient ouverts d’esprit.

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