La dame n’était pas très rock’n roll

Le 23 décembre 2000 je m’étais offert une Trinity de chez Cartier. Vous savez la bagouze de tarlourze que les vieux portent encore comme autrefois Jean Cocteau. (Bon lui, il en portait deux, le plus gros modèle. Il a du avoir une remise phénoménale le petit fumier) A l’époque, je me souviens, il n’y avait pas grand monde au stand Cartier des Galeries Farfouillettes et ce en plein rush de Noël tout de même.

Je me souviens du changement d’attitude à mon égard des vendeurs méprisants et hautains quand ils ont compris que le blaireau sous leurs yeux effarés, traînait ses baskets pourraves sur la moquette rouge non pas pour se palucher en regardant les vitrines avec un filet de bave sur la joue mais bien pour acheter un article. Ta daaa.

On m’a fait asseoir, offert du café, tout le staff était descendu pour s’enquérir de mon petit confort personnel. Et puis, je me souviens avec un petit sourire nostalgique au coin des lèvres que j’avais expliqué à la vendeuse, fort charmante au demeurant, que la bague des trois ors avait une toute autre signification que celle qu’elle avait apprise par cœur, à savoir l’or jaune pour la fidélité, l’or blanc pour l’amitié et l’or rose pour l’amour.

Mouha ha ha ha ha! Comment je l’avais scotché en lui donnant la véritable interprétation de cette mythique bague créée par le Cocteau himself (d’où la remise phénoménale) : L’or jaune pour les femmes, l’or blanc pour les hommes, l’or rose pour les homosexuels. On rigole, on rigole, n’empêche qu’au moment de me remettre mon paquet cadeau, elle m’a discrètement mais distinctement redemandé la signification symbolique de la bagouze.

Et puis l’autre jour, je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête, j’ai ressorti la bague de son écrin. Je l’ai portée deux trois jours et puis je me suis aperçu que l’un des trois anneaux était coupé, scié. En clair la soudure avait pétée. Donc aujourd’hui, je file aux Galeries Farfouillettes, prend en passant la photo traditionnelle du sapin de Noël sous la voute qui cette année est Rock’n Mode avec la contribution de papy Iggy Pop, et retrouve le stand Cartier.

Aujourd’hui, nous ne sommes que le 19 novembre et l’entrée du stand est barrée par des cordeaux rouges et un bataillon de vigiles en costard. Je demande à l’un d’entre eux pourquoi je ne peux pas rentrer. Il répond qu’il faut attendre qu’il y ait moins de monde. Effectivement, une dizaine de personnes toutes asiatiques occupent les vendeuses et les vendeurs à temps plein. La preuve, s’il en faut, que dans le luxe on ne fait pas semblant de travailler, ce n’est pas comme chez ces feignants de fonctionnaires.

Comme j’avais grand peine à dissimuler une énorme érection face au sbire gaulé comme un dieu, il m’a finalement laissé passer à peine deux minutes après. Note pour moi même, penser à être plus discret devant une bombasse de chez bombasse en costard italien aux tétons qu’on devine saillants sous la chemise de popeline.

Un vendeur asiatique en toute honorabilité m’apprend que pour les réparations, il faut aller rue de la Paix. Ha ok d’accord. Et pour être juste un petit poil taquin, je lui fais le test de la courbette en le remerciant. Il s’est bien évidemment et automatiquement plié en deux en souriant de toutes ses dents. J’avoue avoir jubiler en mon for intérieur de ma petite farce.

Trois rues plus loin, je déboule au 13 rue de la Paix (à 100 mètres près, je faisais mon entrée magistrale place Vendôme, merdum!) On m’indique que c’est au premier étage que ça se passe. Information que je détenais déjà grâce à mister courbette au sourire étincelant. Je traverse la grande nef sans regarder les bijoux qui scintillent de tous côtés. Je grimpe l’immense escalier, à gauche? A droite? Je tourne à gauche.

Je découvre des petites alvéoles avec des petites tables, certaines vides, certaines occupées. Je me dirige vers celle la plus proche où une femme d’un certain âge, très comme il faut, est assise stoïquement sur ses hémorroïdes. C’est une image et je ne veux surtout pas passer pour quelqu’un de désobligeant. Mon regard accroche le sien, je lui souris, elle pas. Je hausse les sourcils d’un air perplexe et interrogateur, elle fait de même en me dévisageant par dessus son épaule. Elle a entre temps glissé légèrement et fort discrètement de côté sur son assise.

Et c’est justement à cet instant précis, qu’une Julia Roberts toute en jambe et en souriant de cinquante deux dents fonce littéralement sur moi. Je perçois bien une once d’anxiété dans son regard mais que je ne m’explique pas. Elle m’entraîne à sa suite avec un empressement appuyé et me glisse subtilement que j’ai apostrophé par mégarde une cliente.

Colossal Laughing Out Loud à l’intérieur de moi même, inside. Elle n’était vraiment pas Rock’n Roll la mémère!

~ par PascalR sur 19/11/2011.

14 Réponses to “La dame n’était pas très rock’n roll”

  1. Il faudra que tu m’emmènes voir ce sbire gaulé comme un dieu et aussi le vendeur asiatique souriant, je voulais écrire cette jolie boutique pour acheter mon cadeau de Noël :o)

  2. Quel billet délicieusement bien écrit !

  3. Pour moi, Trinity, c’était une bombe atomique… Comme quoi, hein !

  4. Ah que c’est bien écrit, le suspense, les émotions, toussa toussa!!
    Mais à chacun(e), tu as dis « bonjour », j’espère?

    Et pour mon cadeau?

  5. @GL : vi vi vi. On ira le revoir ET le sapin de Noël. Rue de la Paix et Place Vendôme, il n’y a pas de vigile!
    @Valérie de haute Savoie : *Rose aux joues* merci.
    @Churchill : T’es beaucoup plus vieux que moi alors ???? ;o)
    @Jérôme : Merki. Et oui, j’ai bien dit « bonjour » à tout le monde, « merci, « au revoir » toussa. Sinon pour ton cadeau, tu peux te brosser Pierre. (il semble me souvenir que tu as été au moins une fois désagréable avec moi sur ce blog, gnak gnak gnak)

  6. Quelle magnifique photo de ce non moins magnifique sapin ?
    (Bon ok je peux me brosser aussi pour mon cadeau)
    Sinon c’est bon ? Ils vont te la réparer cteu bagousse, oui ou m… mince ?

  7. moi je crois avoir toujours été d’une parfaite correction sur ce blog. D’ailleurs ce billet est une splendeur. Presque autant qu’Elwë (vraiment, j’ai ri).

  8. @GL : Ha! Je croyais que tu allais m’offrir une montre…
    @TT02 : Viiiii qu’ils vont me la réparer même qu’on la verra même pô la soudure. Pour le cadeau y a pas ta taille pour le diadème :o(
    @Joss : Encore, encore, ouiiiiiiiiii, encore!

  9. Mais non Pascal, je pensais réellement que tu allais m’offrir une montre, c’est vrai que le port du diadème ne me sied pas, réserve le à TT02.

    Petit Papa Noël quand tu descendra du ciel ….

  10. Et au Prince Charmant aussi, tu l’as oublié !

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