Moi je voulais être meneuse de revue

C’est venu comme ça dans la conversation. Alors qu’as tu comme projet un peu barge à nous annoncer ce soir ? Pardon ? Oui, la dernière fois c’était shiatsu et puis là une vague formation d’infographiste ? Bah en fait, je n’ai pas répondu à cette question ce soir là. Mais cette question anodine et taquine n’est nullement sortie de ma tête pour autant.

Le constat est le suivant : Je m’ennuie au travail. Et ce n’est pas que d’aujourd’hui. C’est cyclique. Un cycle de quatre années en moyenne au terme duquel j’ai changé soit de métier, de boîte ou de fonction. Et depuis ma dernière tentative d’évasion en 2009, je m’emmerde mais vous ne pouvez pas savoir combien ni comment.

J’ai beau m’évertuer à jute faire mon taf sans attendre de reconnaissance du travail effectué ni de promotion farfelue, le cœur n’y est pas. J’avais bien le cœur à l’ouvrage quand sorti du nid douillet de mes parents, je voulais conquérir le monde et faire fortune. Pas moins. Et puis petit à petit, j’ai revu mes ambitions à la baisse, au début avec regret puis par simple lucidité.

Non, je ne serai jamais un grand capitaine d’industrie. Et finalement ce constat là n’était pas vécu comme un échec mais comme un soulagement. Plus besoin de se mettre la pression. Alors on passe par un petit bilan de compétence pour savoir dans quoi je serai forcément génial et où je pourrai m’épanouir.

Non ce n’est pas une légende, j’ai réellement répondu à la question « Quel est le métier de vos rêves ? » par « Meneuse de revue ». Que le type assis en face de moi m’a repris en corrigeant : « Meneur de revue? » Et moi de rétorquer : « Non, non Meneuse de revue, les plumes, le strass, et tout le tralala ».

Mais j’étais déjà à moitié sourd et déjà trop vieux et je n’avais pas envie d’être la grosse travelotte rigolote un peu vulgaire dans le show de chez Michou.

D’une formation bâtiment avec main dans le ciment et casque de chantier vissé sur la tête en passant par le costard cravate de consultant en SSII, puis celui de directeur d’un pôle de formation, je vais finir ma carrière en jean basket comme vaguement technicien dans l’informatique ex responsable de service. Mouais, j’ai encore presque vingt ans à travailler. Comme tout le monde me direz vous. Certes, certes. Mais moi, je m’ennuie.

En vrai, je me suis toujours ennuyé dans les boulots. Le seul truc qui me permettait d’avancer contraint et forcé, c’était la productivité. Les projets, les délais, les clients, les fournisseurs, les coûts; la gestion de projet, qu’elle soit sur un chantier de construction d’une tour de la Défense ou la mise en place d’un Portail d’entreprise, c’est toujours de la gestion de projet.

Alors pendant toutes ces années pour rompre cette monotonie, j’ai rempli mon agenda de séances cinéma, de séances de sport (VTT, tennis, piscine, rollers, gym, musculation). J’ai pris des cours de dessin, de peinture. J’ai pris des photos, je les ai publiées. J’ai voyagé aussi. J’ai même blogué comme un malade. Et puis je suis devenu praticien shiatsu. J’ai arrêté toutes ces activités les unes après les autres.

Je m’ennuie toujours à la fin.

Mais le pire finalement quand j’y réfléchis bien, c’est la question du début qui sous entend que je ne suis pas raisonnable de ne pas m’attacher à faire un boulot correctement payé, dans la norme. Comme tout le monde finalement (enfin ceux qui ont la chance d’avoir du taf) et je m’aperçois que mes jérémiades seraient obscènes par dessus le marché!

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~ par PascalR sur 02/02/2012.

24 Réponses to “Moi je voulais être meneuse de revue”

  1. Mais non tu n’es pas obscène. Tu ne vas tout de même pas t’excuser d’être malheureux non plus!

  2. Entre le boulot bien payé et le boulot qui te permets de t’exprimer je crois que même si tu étais le travelo un peu vulgaire mais qui amuse la galerie de chez Michou tu serais plus heureux. Moi je sais que je le serais, je m’ennuie comme un rat mort derrière une malle à mon taf de bureau!
    On est des créatifs nous, des gens qui entrainent!

  3. pour l’instant je tiens environ 10 ans par job, complètement différents : je le sais l’échéance est pour bientôt mais même dilemme : que faire b……. de M…… alors pour l’instant je procrastine…

  4. Obscènes, peut-être (et encore…), mais légitimes, et malheureusement partagées par beaucoup.

  5. A moins d’avoir eu la chance de grandir au côté de quelqu’un qui aura su communiquer son amour pour son travail, il est vraisemblable que tu ait opté pour un travail qu’on a bien voulu te laisser plutôt qu’un travail que tu avais vraiment choisi pour ce que tu aimes. Alors tu le fais, en essayant d’en trouver les bons côtés mais tu finis inévitablement par te lasser. Et c’est encore plus vrai dans une période où le travail est rare : beaucoup s’accrochent à celui qu’ils ont, qu’il leur plaise ou pas.
    Moi j’essaie d’évoluer progressivement, jamais de changement radical, juste gommer les aspects qui finissent par me lasser et tester ceux qui me font envie. Dans ton cas, je ne saurais que te conseiller de postuler pour un job de gestion de projet chez Michou, mais pas forcément sur scène.

  6. Comme le disent les commentaires précédents, t’es pas le seul. Mais même en Line Renaud (ah, celle-là, tu l’as pas encore fait, enfin en vidéo, non?), tu finirais aussi par t’ennuyer.
    Et alors?
    Bah, rien…
    soit tu arrives à te fixer des objectifs et des gageures dans ton taf, soit tu considères que c’est alimentaire, ça occupe, permet de faire marcher des neurones, donne un cadre temporel à ta vie quotidienne etc. et tu t’exprimes et t’épanouis dans ton temps libre.
    Il ne s’agit pas d’être raisonnable (quelle horreur!) mais de ne pas avoir de regret.

  7. @Ditom : Non non, je ne m’excuse pas!
    @Fab : On est reine de tout l’univers et on doit se lever à l’aube dans le froid et prendre les transports en commun! Le monde est mal fichu!
    @Nicolas : Obscénité par rapport à d’autres moins mal lotis. Mais je crois que chacun porte sa croix avec autant d’acuité alors qu’il y a des petites croix et des très grandes.
    @Loup : La dernière phrase m’a été sortie par le cabinet de bilan de compétence prenant comme exemple un comptable qui rêvait music hall. Il est comptable au Lido et il est très content.
    @Jérôme : Je n’ai pas Line dans mon répertoire (sauf ma cabane au Canada) Entre être raisonnable et envoyer tout péter je suis mal installé en fait.

  8. Si je prodigue les mêmes conseils, alors visiblement j’ai raté ma vocation ! Je devrais ouvrir un cabinet de conseils : il suffit d’écouter le gens en sirotant un café, c’est moins beaucoup fatigant que mon job actuel et sans doute même mieux payé.

    • J’ai droit à une commission sur toutes tes prestations. C’est tout de même moi qui t’ai apporté la lumière!

  9. Je ne pouvais pas penser ça parce que je savais qu’il fallait se tourner vers les autres et toujours vers les autres. Mais depuis que les gamins sont partis, ça trotte dans ma tête aussi. J’me rends compte qu’ils me bouffaient du temps ces petits cons.

  10. J’aurais voulu être un artiste
    Pour avoir le monde à refaire
    Pour pouvoir dire pourquoi j’existe

    Et moi et moi et moi.

    • Mais Pascal est déjà un artiste! Même Monet faisait des séries et les nymphéas ou les meules de foin valent bien des tasses de café et un chat cyclotomique.

  11. Figure toi que je me pose la même question. Je m’ennuie assez rapidement si le quotidien file son train train. Et m’ennuyer est la pire chose qui puisse m’arriver.
    Le problème est que pour moi le mot « métier » ne veut rien dire. Je ne veux pas un « métier », je veux un boulot qui me maintienne toujours en éveil en suscitant sans cesse mon imagination et stimule mon cerveau de grand malade.
    Pour l’instant j’aime plutôt ce que je fais, car c’est tout neuf, tout beau et que je n’ai pas encore fait le tour de la question. Je ne sais pas combien de temps cela durera.

  12. Quelle connasse Gigi! Vous n’avez même pas répondu à Laurence… Non mais dites-moi que je rêve!

    • Je suis une grosse connasse vous avez parfaitement raison Lucienne (Bah dis donc il marche plutôt bien votre nouveau traitement)

  13. @TT02 : Et en Grand Mère qui prend soin d’elle ça le ferait ou pas ?
    @Pierre & Jérôme : MOI MOI MOI & MOI :o) Et Elwë est l’être le plus équilibré de tout l’univers!
    @Tambour Major : Tu as l’avantage d’en prendre conscience plus jeune (moi j’ai 94,5 ans)

  14. As-tu Whitney dans ton répertoire? Cela me consolera…

  15. […] Meneuse de revue! […]

  16. Y’a quand même un truc qui dure : l’écriture de ton ton blog. Je pourrai dire l’écriture tout cours. Et c’est bien.

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