120 BPM


Je suis allé voir 120 battements par minute : Oui ! J’ai reçu une claque magistrale !

J’avais une certaine appréhension en allant regarder ce film, une crainte fugitive qui ne disait pas son nom, une certaine méfiance envers toutes les critiques unanimes. Je n’acceptais pas que des personnes ayant critiqué, condamné Act Up dans le passé, s’émeuvent à bon compte en visionnant ce film. Je suis moins radical sur ce point à présent. Ce film est un morceau de mémoire qui retrace ce combat contre l’indifférence aux victimes du sida, aux homosexuels touchés par ce fléau, aux morts. Ce film est magistral, il raconte ; l’histoire d’Act Up, ses discussions, ses actions, les gay prides – les amants – la mort – la vie.

Et puis au fur et à mesure, tout m’est revenu en mémoire ; c’est tout mon parcours en tant que gay qui a ressurgi du passé. J’ai eu mon premier rapport sexuel à la fin des années 80, en pleine épidémie de sida. J’avais consulté, en panique, un médecin généraliste qui m’avait expliquer ce qu’était le virus et que la capote était le seul moyen de nous préserver. Ambiance. Puis on allait tous les trimestres se faire dépister dans des lieux horribles où l’anonymat était préservé. On venait chercher les résultats la peur au ventre, on était accueilli par un psy-quelque-chose qui lisait le contenu de l’enveloppe. Il est arrivé quelque fois d’entendre par dessus les cloisons, des hurlements de désespoir.

Les images du film m’ont transporté aux soirées du Scorp, boulevard Poissonnière, je me suis souvenu des fringues qui puaient la clope. J’ai reconnu instantanément les petites notes de Bronski Beat, je suis reparti plus de 30 ans en arrière en un battement de cœur. J’ai revu des visages, des mains, des conquêtes, la dragouille coûte que coûte. Je ne me rendais vraiment plus compte du chemin parcouru, j’avais perdu de vue d’où je venais.

Ce film raconte l’exigence qui a été celle d’Act Up dans ce combat pour la prise en charge des homos malades. Il y avait urgence, il fallait alerter coûte que coûte l’opinion publique pour secouer les politiques (coucou Laurent Fabius). Certains aujourd’hui semblent minimiser, dénigrer ce combat. D’ailleurs ce sont probablement les mêmes qui ne se sont jamais couchés sur le trottoir des gay prides lors des minutes de silence en mémoire aux morts du sida. Je suis sévère, je sais.

À certains passages du film, je me suis agacé tout seul, les prises de paroles en réunion hebdomadaire, les discussions pour tout, tout le temps, même *spoiler alert* dans la pièce à côté du gars qui vient de mourir, et la cendre dispersée. Mon dieu ces deux scènes ! *spoiler alert end* Et puis, non. Ils avaient raison de continuer le travail, sans répit, sans attendre, sans se soucier de la bienséance. La mort n’attendait pas elle.

Allez voir ce film mais attention si vous êtes un peu sensible ça chamboule un peu, beaucoup. Ancien grand abonné au malaise vagal au cinéma, je me suis accroché à mon slip, repéré les issues de secours et noté que j’avais suffisamment de place pour m’allonger par terre quand les symptômes de la maladie apparurent sur l’écran. J’ai tenu bon sauf pour retenir les larmes, mais au générique de fin quand je me suis levé, sans doute trop vite, j’ai failli me vautrer deux fois de suite. Mes jambes ne me tenaient plus.

À Rouen, dans le grand complexe de cinéma (l’ancien UGC) le plus proche de chez moi, ce film n’était pas programmé, je me suis rabattu sur un cinéma moins commercial, moins grand public et c’est là que ça m’énerve. Ça gêne encore aujourd’hui, en 2017, tous ces homos qui ont le sida #serophobie. Ça dérange encore aujourd’hui le sexe, la maladie, la mort des homos. Nous étions 10, cette après-midi, dans la grande salle numéro 1 du cinéma Omnia République à Rouen.

Le site d’Act Up

 

 

 

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~ par PascalR sur 30/08/2017.

3 Réponses to “120 BPM”

  1. Je l’ai vu la semaine dernière,plein la tronche je me suis pris.
    La maladie a frappé dans ma famille, contaminée par le sang,un bilan horrible, nous avons enchainé avec la maladie de mon époux…
    La trouille pour mon fils, pour moi qui partais à l’aventure parce que la vie continue coute que coute , les tests parce que les mecs n’étaient pas « prudents » et puis disaient-on les hétéros ne craignaient rien …
    Un film a diffuser TRÈS largement…

  2. […] L’avis des copines : PoupÉe Roncier, Nico, Ad Virgilium, Ydikoi, Marcel Dugommier. […]

  3. J’ai perdu un de mes premiers amours du sida, plus âgée que toi j’ai vécu les prémisses de la découverte de cette maladie, je me souviens parfaitement de la une de Libé parlant du cancer gay aux états unis. Ma fille est ressortie de la salle bouleversée, elle ne s’en est pas encore remise, et nous allons à Genève le voir ce week end, parce que chez nous non plus il ne passe pas :(

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